La Croix de Mission du transept Nord de la cathédrale
Accolée contre un mur du transept Nord, situé au-dessus de la scène du jardin des Oliviers près de la sacristie, la Croix de mission suscite parfois étonnement et interrogation de la part des visiteurs.
Que fait une croix aussi imposante à cet endroit, quelle fut son utilité ?
De fait, bien peu de personnes, y compris les fidèles habitués de la cathédrale, connaissent l’histoire singulière de cette croix et les passions qu’elle a déchaînées.
Nous sommes en 1825, la France se remet lentement des tourments de la Révolution et des guerres napoléoniennes. L’Eglise, quant à elle, reste traumatisée : la forte persécution de la part des révolutionnaires, les mutilations contre les églises (trois cent statues de la cathédrale détruites, le trésor liturgique détruit ou dispersé), les nombreux prêtres tués, le pape Pie VII déporté et emprisonné par Napoléon, ont laissé des traces douloureuses. Les chrétiens s’interrogent sur les causes profondes de ces événements. Un seul constat leur vient à l’esprit : la France s’est éloignée de Dieu et ne croit plus en lui. En conséquence, il est urgent de rechristianiser la société pour éviter tout nouveau malheur de ce type.Ainsi l’évêque de Strasbourg de l’époque, Mgr Tharin, décide d’organiser une « Mission » en 1825 : c’est-à-dire organiser pendant toute une semaine des messes, des dévotions (adoration eucharistique, chapelet, prières diverses…), et des prédications dans un double but : expier les fautes commises durant la Révolution et réévangéliser la population.
A l’issue de cette semaine particulière, une cérémonie de clôture a lieu qui prévoit l’érection d’une imposante croix sur une place publique en souvenir des activités des missionnaires du XVIe siècle érigeant des croix dans les pays non chrétiens lors de leur passage.
Ainsi à l’issue de cette semaine de mission, une croix imposante est installée sur la place du Château à l’endroit précis où les révolutionnaires brûlèrent des ornements et des livres liturgiques en 1793.
En 1830, le roi Charles X est renversé. Il est remplacé par son cousin le roi Louis-Philippe plus pragmatique et plus ouvert aux nouvelles idées. Les nouvelles autorités réclament la destruction des croix des Missions car leur présence sur la place publique « est une atteinte à la liberté de conscience des citoyens ».
Des organisations chrétiennes royalistes et fidèles à Charles X répliquent et menacent d’organiser des représailles. La tension à Strasbourg est vive et les débats s’animent au sujet de cette croix. L’abbé Mühe, prédicateur populaire de la cathédrale, veut prendre la tête d’une opposition organisée pour protéger la croix mais l’archiprêtre de la cathédrale, le chanoine Henri Vion, plus pragmatique, l’en dissuade. Il propose un compromis : la Croix sera mise à l’intérieur de la cathédrale afin que les fidèles puissent continuer de la vénérer sans risque.
Ainsi, la Croix de Mission est déplacée vers le transept Nord où elle se trouve encore aujourd’hui…Les fidèles continuent de la contempler occasionnellement sans se douter des passion qu’elle avait un jour suscitées.
Vincent Creutz
Pour en savoir plus:
Vincent Creutz, La paroisse de la cathédrale 1807-1870, Strasbourg, édition de l'ERCAL, 2006.



