Marie à la Cathédrale de Strasbourg
Simone Schultz in Almanach Sainte Odile
Parmi les nombreuses figurations de la Vierge que l’on peut voir à la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, trois d’entre elles se caractérisent par leur singularité et le puissant symbolisme qui s’en dégage.
La Vierge orante
Placée dans la fenêtre de gauche du transept nord, Marie est représentée assise sur un trône, les mains relevées et écartées à la hauteur de la poitrine, dans un geste de prière. Cette représentation est tout à fait inhabituelle. En effet, si l’on se réfère à l’iconographie mariale, la Vierge orante est toujours représentée debout, conformément à l’attitude de la prière. Par contre, la Vierge de Majesté, assise sur un trône, tient l’enfant Jésus sur ses genoux ; elle s’offre ainsi avec son divin fils à la vénération des fidèles. Vu ses dimensions, notre Vierge orante devait faire partie d’un ensemble important vraisemblablement de “l’Arbre de Jessé” qui ornait un temps la grande fenêtre du chœur de la Cathédrale. Ce sujet était apparu dans le vitrail au milieu du XIIème siècle à Saint Denis et à Chartres. Marie y est assise sur un trône tenant de ses bras écartés les rameaux de « l’Arbre »; elle est surmontée du Christ. Si le choix du thème est d’inspiration française, le modèle strasbourgeois est à chercher dans l’Hortus Deliciarum qui l’a affiné. La Vierge y est représentée en orante, entourée de deux anges attestant son caractère glorieux. Elle était, selon la tradition, placée sous le Christ, le “bon fruit” qui par Marie Immaculée arrache l’homme à la mort et lui fait découvrir la vie éternelle : « un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines; sur lui reposera l’Esprit de Yahvé » (Isaïe 11, I-2). A la lumière de l’Hortus Deliciarum, cette figuration de la Vierge s’explique aisément. Elle représente Marie, reine des cieux, assise sur son trône, intercédant auprès de son divin Fils pour l’humanité pécheresse. De plus elle est un des témoins de la spiritualité qui animait le couvent de Hohenburg sous la houlette d’Herrade de Landsberg.
La Vierge aux bras étendus
Le grand vitrail du chœur de 1956 s’inspire de la Vierge qui figurait sur l’ancienne bannière de la Ville de Strasbourg. Il remplace la verrière du XIXème siecle, détruite pendant la seconde guerre mondiale et qui montrait déjà ce thème de la Vierge aux bras étendus. Ce type de Vierge est rare et combine trois thèmes : la Vierge en Majesté, la Vierge de miséricorde et la Vierge de la paix. Examinons de plus près ce vitrail. La Vierge aux bras étendus est vêtue d’une robe bleue aux manches très larges. Elle est assise sur un trône, l’Enfant sur ses genoux. Ce dernier porte une robe rouge et tient un lys dans la main. Sous les pieds de Marie, deux anges encadrent l’inscription dédicatoire en latin, qui nous dit: « Au milieu du siècle, afin de mettre un terme à leurs luttes, les peuples d’Europe s’assemblèrent à Strasbourg pour accomplir cette œuvre. Ils firent choix de Jacques Camille Paris (secrétaire du Conseil à l’époque et gendre de Paul Claudel) qui les a bien servis. L’Europe a donné. Max Ingrand a fait ». La scène est entourée d’une bordure comportant des colombes et, au sommet, on voit le drapeau européen avec sa couronne de douze étoiles. Que pouvons-nous déduire de cette figuration très particulière ? Tout d’abord la Vierge à l’Enfant assise sur son trône important est à considérer comme une Vierge en Majesté, reine des cieux et symbole de l’Eglise. Le fait quelle ait les bras étendus fait d’elle une Vierge de Miséricorde, qui intercède pour l’humanité, et qui la protège de ses larges manches. De plus, il faut ajouter à cette symbolique de base, le patronage de Marie pour aider l’Europe construire l’union des peuples et la paix.
La Vierge au trône de la Sagesse
Si, dans les litanies, Marie est qualifiée de trône de la Sagesse, le thème de la Vierge au trône de la Sagesse est peu courant. En France on le trouve exclusivement en illustration de manuscrit. Dans les pays germaniques, il apparaît timidement dans la peinture, comme à l’église Saint Patrocle de Soest, et très rarement dans la sculpture. À Strasbourg, cette figuration occupe la partie supérieure du gâble qui surmonte le portal central de la façade occidentale de la Cathédrale. Dans la partie inférieure Salomon (symbole de la Sagesse de l’Ancien Testament) est assis sur un trône, exécuté conformément à la description biblique (I Rois, 10, 18-20 et 2 Chroniques 9, 17-20) *. Ce siège comporte six degrés supportant douze lions, rappelant les douze tribus d’Israël. Il est surmonté d’une architecture, symbolisant la Jérusalem Céleste, autrement dit l’Eglise. Cette dernière est cantonnée de deux gros lions qui servent de support au trône de ta Vierge. Tout comme Salomon, Marie est accompagnée de deux figures de vertus, placées de part et d’autre du fauteuil. Ces vertus, comme celles du portail occidental nord, portent des phylactères dont l’inscription a disparu. Etant donné qu’elles sont quatre, elles ne peuvent que représenter les vertus cardinales : force et justice pour Salomon, prudence et tempérance pour la Vierge. On remarquera tout particulièrement l’attitude de l’enfant Jésus debout sur le genou gauche de Marie et esquissant un geste de bénédiction de sa main droite et tenant le globe à sa main gauche.
Les deux trônes sont entourés de musiciens placés entre les pinacles des rampants du gâble. Le sommet est occupé par le Visage de Dieu. Son corps n’est pas représenté faute de place, mais ses mains surgissent des nuées pour se poser sur les montants du fauteuil de la Vierge à hauteur de son visage. Elles symbolisent Dieu le Père, qui envoie son Fils pour sauver l’humanité et l’Esprit-Saint qui a éclairé la Vierge au moment de l’Incarnation.
Cette Vierge de ta Sagesse surmontant Salomon représente la suite logique de l’enseignement dispensé par le portail central, qui évoque l’Eglise (symbolisée par la Vierge à Enfant), annoncée par les prophètes, réalisée par le sacrifice de la Croix et matérialisée par les Bienheureux. Cette Eglise se doit de rayonner la Sagesse Divine reflétée dans l’Ancien Testament par Salomon et dans le Nouveau par Marie, mère du Christ, et ne l’oublions pas, patronne de notre Cathédrale.
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Le roi fit un grand trône d'ivoire, et le couvrit d'or pur. Ce trône avait six degrés, et la partie supérieure en était arrondie par derrière; il y avait des bras de chaque côté du siège; deux lions étaient près des bras, et douze lions sur les six degrés de part et d'autre. Il ne s'est rien fait de pareil pour aucun royaume.
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