Le Rayon vert
texte de Simone Schultz
paru dans l’Almanach Sainte Odile, 2000
avec l'aimable autorisation d'ALSACE MEDIA
Théologiens et historiens de l'art sont unanimes pour voir un effet du hasard dans le rayon vert qui illumine le Christ crucifié de la chaire de la Cathédrale, au moment de l'équinoxe.
Il s'avère que suivant la position du soleil, d’autres vitraux produisent également des rayons colorés à intervalles réguliers. Ils sont bien sûr moins spectaculaires, ne se glissant pas sur des sculptures, et de ce faite n’attirent pas l'attention.
Un phénomène récent
Contrairement à une opinion répandue, le rayon vert est d’apparition récente. Il a été découvert aux environs de 1972. Cette manifestation tardive s’explique aisément. Le rayon vert est produit par le pied de Juda, un des ancêtres du Christ, situé au triforium sud. Il faut préciser qu’au Moyen Age, seul le triforium nord était occupé par les figures des ancêtres de Jésus, mentionnés dans la généalogie du Christ selon les Evangiles de saint Matthieu 11-17 et de saint Luc 3,23-28.
Le côté sud comportant un décor végétal. Cela nous explique que Juda est une création récente. Il fait partie d’une série composée entre 1872 et 1878 lors des grands travaux de restauration de la Cathédrale, et qui devait compléter celle du côté nord.
A cette époque, le pied gauche de Juda, à l’origine du rayon vert, n’avait pas la transparence d’aujourd’hui, et de ce fait n’illuminait pas la chaire. Des photographies faites entre 1946 et 1950, lors de la repose des vitraux après la seconde guerre mondiale, laissent apparaitre des traces de peinture modelant le cou de pied. Aujourd’hui il n’en reste plus rien. Cette disparition s’explique soit par un délitement de la peinture, soit, ce qui semble plus vraisemblable, par une restauration « in situ », où le pied a été remplacé par un verre brut et de ce fait très transparent, d’où le miracle du rayon vert !!!
Conclusions de l’analyse astronomique
L’analyse astronomique montre que le rayon vert passe sur la tête du Christ une bonne heure avant midi heure locale, et un ou deux jours après l’équinoxe de printemps, ainsi qu’un ou deux jours après l’équinoxe d’automne. La précision n’est donc pas absolue.
Une bien hypothétique signification religieuse?
Si ce rayon devait avoir une signification religieuse, on comprend mal qu’il émane du pied de Juda, obscur ancêtre du Christ, non mentionné dans l’Ancien Testament, et non pas d’un précurseur qu’évangélistes ou Pères de l’Eglise ont comparé avec le Christ. Parmi eux, Salomon, personnifiant justice et sagesse, souvent représenté dans notre Cathédrale, eut été un choix bien plus judicieux. De surcroit, il eut été plus logique, du fait de la proximité de l’équinoxe de printemps avec la semaine sainte, d’éclairer le Christ a l‘heure de sa mort, c’est-à-dire aux environs de quinze heures.
En conclusion, admettons une fois pour toute qu’il s’agit d’un pur hasard, et cessons de philosopher sur ce phénomène.
voir la Galerie photos de la présentation de
la Chaire de Geiler et le rayon vert



