L’archiprêtre et sa fonction
La fonction d'’archiprêtre est attribuée aux curés de certaines paroisses importantes ou prestigieuses.
Suite à une ordonnance ministérielle du 8 février 1811, le poste d’archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg a été créé le 1er octobre 1811 par Mgr Saurine alors évêque du diocèse. Précédemment l’animation liturgique et spirituelle de la cathédrale était confiée à un chapitre de chanoines côtoyant un curé de la paroisse Saint-Laurent chargé du travail pastoral pour les habitants du quartier attenant à la cathédrale.
Au début du XIXe siècle, les relations sont mauvaises entre l’évêque et l’abbé Jeaglé, curé de Saint-Laurent. Mgr Saurine rattache alors la cure de Saint-Laurent au Chapitre cathédral. Ainsi c’est un chanoine du chapitre qui sera curé de la paroisse de la cathédrale et non plus une personne extérieure. Ce curé prend le titre d’archiprêtre et a également la charge de l’animation spirituelle et pastorale de la cathédrale au nom de l’évêque.
Depuis 1811, deux archiprêtres sont devenus évêques (Félix Korum, évêque de Trêves, et Jean Marbach, évêque auxiliaire de Strasbourg) et deux autres ont reçu le titre honorifique de Prélat de sa Sainteté (Mgr Fischer et Mgr Bockel).
Bibliographie :
Joseph DORE, dir., La grâce d’une cathédrale, 2007, éditions : La Nuée Bleue
Bernard XIBAUT, La cathédrale de Strasbourg au lendemain de la grande Révolution, 1987, éditions ERCAL.
Vincent CREUTZ, La paroisse de la cathédrale de Strasbourg (1807-1870), 2006, éditions ERCAL.
Liste des archiprêtres depuis 1811
| 1) Jean Vion (1811-1839) * 2) Nicolas Doyen (1839-1848) 3) Charles Spitz (1848-1880) * 4) Félix Korum (1880-1881) 5) Charles Marbach (1881-1891) 6) Gustave Keller (1891-1893) 7) Alphonse Kieffer (1893-1916) |
8) Joseph Grandadam (1916-1926) 9) Cyrille Rieh (1926-1941) 10) Eugène Fischer (1941-1966) * 11) Pierre Bockel (1966-1986) * 12) Jacques Hassler (1986-1993) 13) Bernard Eckert (1993-2009) * 14) Michel Wackenheim (2009 |
| (*) voir notices biographiques ci-desous |
Biographies
Jean Vion (1765-1839)
Premier chanoine à occuper le poste d’archiprêtre de la cathédrale, l’abbé Vion est né à Sélestat en 1765. Il est ordonné prêtre en 1789 et devient aumônier du collège de Molsheim.
A la suite des événements révolutionnaires, il quitte la France et se réfugie à Mannheim à la cour du prince. Il retourne en Alsace en 1803 et devient curé de la paroisse Sainte-Foy à Sélestat avant d’être nommé archiprêtre par Mgr Saurine, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1839.
A la suite de sa nomination, il doit gérer les temps délicats de l’après-Révolution et la fin de l’Empire napoléonien. Lors de la Restauration de la monarchie en 1815, il s’attire les foudres de plusieurs prêtres royalistes en raison de ses sympathies personnelles pour Napoléon et le bonapartisme. L’abbé Jeaglé, dernier curé de la paroisse Saint-Laurent, mène contre lui une importante campagne diffamante à un point tel que le Préfet du Bas-Rhin doit intervenir pour prendre sa défense.
A la mort de Mgr Saurine, il est élu par le chapitre avec deux autres chanoines pour administrer le diocèse de Strasbourg pendant la vacance du siège épiscopal de 1813 à 1820.
Dans ce cadre, il tisse de nombreux liens avec les autorités civiles et militaires qui apprécient ses idées de tolérance et d’ouverture : le général Rapp tentera - sans succès - de le faire nommer évêque de Strasbourg.
Il prend ses distances avec le rigorisme et l’intégrisme religieux et ne s’oppose pas au dialogue entre les religions, notamment les protestants.
Il préside également les deux cérémonies de translation du corps du général Kléber, d’abord en 1818 où le corps est enterré sous la chapelle Saint-Laurent puis en 1838, lors de son transfert sur la place d’Armes qui deviendra la place Kléber.
Lors de sa mort en 1839, le journal « Courrier du Bas-Rhin » loue ses qualités d’ouverture et de tolérance, artisan de l’œcuménisme avant l’heure.
Charles Spitz (1808-1880)
Charles Spitz est né à Stotzheim en 1808. Ordonné prêtre en 1832, très doué pour les études littéraires, il est nommé professeur au Petit Séminaire de Strasbourg où il enseigne le latin, le grec et l’histoire avant de devenir supérieur de cet institut en 1843 puis supérieur des sœurs de la charité de Strasbourg en 1844. Nommé archiprêtre de la cathédrale en novembre 1848, il obtient l’accord de Mgr Raess, évêque de Strasbourg, pour rester supérieur des sœurs de la charité. Il cumule donc les deux charges.
Il devient très vite populaire au sein de ses paroissiens et plus largement dans l’ensemble de la ville pour ses nombreux actes de charité et ses actions envers les plus démunis : il est surnommé « le père des pauvres » par les Strasbourgeois. Il fonde en 1858 la clinique de la Toussaint afin d’aider les malades les plus démunis à avoir accès aux soins (il n’y avait pas de sécurité sociale à l’époque) et l’orphelinat Saint-Charles à Schiltigheim en 1868. Ces deux institutions, gérées par les sœurs de la charité, existent toujours aujourd’hui. Pour ces actions, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1858.
En tant qu’archiprêtre, il doit gérer les douloureux moments de la guerre de 1870 et du bombardement de Strasbourg. Il arrive tant bien que mal à composer avec les autorités allemandes en se tenant à une stricte neutralité sur le plan politique.
Très pris par ses différentes activités, il trouve néanmoins le temps de mettre à profit ses talents d’historien et écrit l’histoire de la paroisse de la cathédrale des origines à la Révolution française. Cet ouvrage manuscrit, en deux tomes, est toujours conservé dans les archives du presbytère.
Il meurt en 1880 et reçoit un hommage important des autorités religieuses et civiles. Il était, en quelque sorte, un abbé Pierre local et plusieurs de ses contemporains ont réclamé sa canonisation. Il a été inhumé à Schiltigheim dans le parc de la maison de retraite St Charles.
Félix Korum (1840-1916)
Né le 2 novembre 1840 à Wickerschwihr, il entre au Grand Séminaire après sa scolarité au collège Saint-André de Colmar faisant office de Petit Séminaire à cette époque.
Ordonné prêtre le 23 décembre 1865, il complète sa formation intellectuelle à l’Université Jésuite d’Innsbruck où il obtient un doctorat de théologie.
De retour en Alsace en 1869, il devient professeur de philosophie au Petit Séminaire de Strasbourg (l’actuel collège Saint-Etienne). En 1871, il est nommé professeur de dogmatique et d’exégèse au Grand Séminaire tout en devenant prédicateur à la cathédrale.
Nommé archiprêtre de la cathédrale en 1880, il est très vite apprécié pour ses qualités pastorales et ses talents de prêcheur. De passage à Strasbourg, l’évêque de Metz lui propose de devenir son coadjuteur après avoir écouté l’un de ses sermons, mais il refuse. Quelques temps plus tard, Mgr Raess, évêque de Strasbourg, veut également faire de lui son coadjuteur mais les autorités allemandes mettent leur veto. Le chanoine Korum est l’un des chefs de file des prêtres francophiles d’Alsace qui continuent de militer contre l’annexion de l’Alsace-Moselle au Second Reich à la suite de traité de Francfort de 1871.
Fiché et étroitement surveillé par la police allemande, il est à tout moment menacé d’expulsion. Rome décide alors de le mettre à l’abri en le nommant évêque de Trèves. Curieusement les autorités allemandes acceptent car elles préfèrent voir le chanoine Korum hors d’Alsace et évêque en Allemagne plutôt qu’en France où il pourrait constituer une sorte de « base arrière » pour son mouvement.
Au départ l’archiprêtre refuse ce poste car il ne veut pas quitter sa région natale, mais il finit par accepter sous la pression personnelle du pape Léon XIII qui lui rétorque : « un prêtre n’a qu’une seule patrie : l’Eglise » !
Ordonné évêque par le pape à la basilique Saint-Pierre de Rome le 14 avril 1881, il est d’abord mal accepté dans son diocèse d’adoption en raison de ses origines alsaciennes. Mais il se fait progressivement accepter grâce à ses qualités pastorales.
En 1918, après le retour de l’Alsace à la France à la suite de l’Armistice, on lui propose de revenir dans la région mais il refuse. « Le pape m’a nommé évêque de Trèves, je dois rester avec mon peuple » dira-t-il.
Il décède le 4 décembre 1921 puis est enterré à la cathédrale de Trèves.
Récemment son village natal, Wickerschwihr, lui a rendu hommage par l’inauguration d’une plaque commémorative en sa mémoire.
Charles Marbach (1841-1916)
Né à Wissembourg, il entre au Grand Séminaire en 1860 puis est ordonné prêtre le 17 décembre 1864. Nommé vicaire à la paroisse Saint-Martin de Colmar puis à Turckheim, il devient professeur au Petit Séminaire de Strasbourg en 1867 et rédacteur au Volksfreund (l’actuel Ami du Peuple). En 1873, il est également nommé prédicateur à la cathédrale.
Nommé curé de Schirmeck en 1880, il est appelé à devenir archiprêtre de la cathédrale un an plus tard suite au départ de Félix Korum.
En 1891, il est nommé évêque auxiliaire de Strasbourg afin de calmer la véhémence d’une partie du presbyterium alsacien qui accepte mal la nomination de Mgr Fritzen, d’origine bavaroise, comme évêque de Strasbourg.
De 1886 à 1896, il préside les premiers cercles Sainte-Cécile et contribue à la rénovation du chant liturgique dans le diocèse.
En 1901, il est obligé de renoncer à sa charge sur injonction des autorités allemandes qui n’apprécient pas « sa mauvaise influence francophile » sur Mgr Fritzen. Il se retire alors à Wissembourg où il décède en 1916.
Mgr Eugène Fischer (1898-1984)
Eugène Fischer est né à Brumath. Il entre au Grand Séminaire en 1917 après sa scolarité au collège Saint-Etienne faisant office de Petit Séminaire à cette époque. Il effectue une partie de sa formation au Séminaire français de Rome.
Ordonné prêtre le 16 juillet 1922 par Mgr Ruch, il est d’abord nommé vicaire à Guebwiller avant de devenir directeur au Grand Séminaire de 1924 à 1935.
Nommé curé de la paroisse Saint-Georges de Haguenau en 1935, il est appelé à devenir archiprêtre de la cathédrale en 1941. Cette dernière ayant été fermée par les nazis en 1940, c’est dans la chapelle du collège Saint-Etienne qu’il est installé et ne ménage pas ses efforts pour maintenir le culte et l’activité paroissiale durant la guerre.
Avec le père franciscain Claude Schahl, il fonde en 1952 l’Ecole de préparation au mariage qui obtient une grande renommée dans le diocèse.
Il quitte son poste d’archiprêtre en 1966 après avoir été nommé vicaire général par Mgr Elchinger. Président de l’Office de pastorale et de liturgie du diocèse et membre du Centre national de la pastorale liturgique, il est en première ligne dans l’application des réformes liturgiques mises en œuvre à la suite du concile Vatican II.
Il prend sa retraite en 1973 mais reste assidu à son rôle de chanoine de la cathédrale jusqu’à sa mort en 1984.
Il reçut plusieurs distinctions comme la Croix de guerre 39-45, le titre de Prélat de sa Sainteté en 1950 et fait chevalier de la Légion d’honneur en 1970.
Mgr Pierre Bockel (1914-1995)
Pierre Bockel est né à Saint-Amarin en 1914. Après sa scolarité au collège de Thann, il entreprend des études de lettres et de philosophie à la Sorbonne à Paris. Puis il choisit d’entrer au Séminaire en 1936. Il complète alors sa formation dans les Instituts catholiques de Lyon, Paris et Toulouse.
Mobilisé en raison de la guerre en 1940, il est fait prisonnier par les Allemands à Gérardmer. Il est ensuite libéré grâce au décret d’amnistie accordé par Hitler aux Alsaciens ayant servis dans l’armée française.
De retour à Thann, il tente d’organiser un réseau de résistance ce qui lui vaut d’être expulsé d’Alsace. Il trouve refuge à Lyon où il est ordonné prêtre le 24 juin 1943.
Il s’engage dans l’aumônerie des réfugiés Alsaciens-Mosellans et continue de militer dans les mouvements résistants. Il s’associe notamment avec les mouvements de résistance protestants. Il devient l’aumônier de la Brigade Alsace-Lorraine et se lie d’amitié avec André Malraux.
Après la guerre, l’abbé Bockel reste engagé dans les activités d’aumônerie. Il sera successivement aumônier de collège à Colmar, puis du lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg de 1945 à 1952, avant de devenir aumônier des étudiants de l’Université de Strasbourg de 1952 à 1966. Dans ce cadre, il fonde le cercle Bernanos. Son action envers la jeunesse lui vaut une importante popularité. Mgr Weber le surnomme « le ministre de la jeunesse du diocèse de Strasbourg ».
Grâce à son action durant la guerre et ses relations dans le monde politique, il arrive à approcher les plus hautes autorités comme le général De Gaulle. Ce dernier lui dira un jour : « Vous connaissez bien André Malraux, vous devriez le convertir. Cela m’arrangerait » (Malraux était athé).
C’est en 1966 que Mgr Elchinger le nomme archiprêtre de la cathédrale et délégué diocésain aux affaires œcuméniques. A cette occasion, il pose les fondations de l’action œcuménique et du dialogue interreligieux dans le diocèse, suite au concile Vatican II.
Il reçoit plusieurs distinctions : il est décoré de la Croix de guerre 39-45, de la médaille de la Résistance, commandeur de la Légion d’honneur et chevalier des Palmes académiques, puis reçoit le titre de Prélat de sa Sainteté en 1977 et le prix Mozart avant d’être élevé à la dignité de « Juste parmi les nations » par l’Etat d’Israël en 1988.
Il publie également plusieurs ouvrages qui obtinrent un succès non négligeable comme L’enfant du rire en 1973, Le Temps de naître en 1975, puis Le Verbe au présent en 1978. Il était également directeur de rédaction de la revue Le Monde de la Bible, et écrivit de nombreuses chroniques dans les DNA.
Il quitte sa fonction d’archiprêtre en 1986 et décède en 1995 au moment exact où l’Evangile était proclamé dans la cathédrale rappelant cette parole du Christ : « Soyez vigilant et demeurez prêt, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». Il sera inhumé à Thann.
Bernard Eckert (1939)
Né à Bischwiller le 11 juillet 1939, il est ordonné prêtre le 28 juin 1964.
D’abord vicaire à Illkirch (1964-1967), puis à la paroisse Saint-Maurice (1967-1971) et Saint-Pierre-le-Jeune (1971-1978) à Strasbourg, il est nommé curé d’Ensisheim (1978-1986) avant de devenir vicaire épiscopal de Colmar (1986-1993).
Nommé archiprêtre en 1993, son ministère est marqué par le développement de la pastorale du tourisme qui cherche à rappeler à toute personne le sens premier de la cathédrale : à savoir une église, maison de Dieu parmi les hommes. Dans ce cadre, il combattit vigoureusement toutes les tentatives de récupération de la symbolique de la cathédrale de la part des nouvelles religiosités et des pensées philosophiques du New Age.
Il fonde « le groupe Accueil » afin de permettre la visibilité de la communauté paroissiale lors des grandes saisons touristiques. Il réalise plusieurs films sur la cathédrale mettant à jour les parties architecturales cachées de l’édifice et en expliquant leur message. Il dirige l’élaboration de plusieurs ouvrages sur le même thème dont La cathédrale : un chemin pour comprendre aux éditions du Signe en 1995.
Il met également en place plusieurs chantiers comme la restauration des tapisseries de la vie de la Vierge Marie. Pour offrir aux touristes une découverte sensée de la cathédrale tout en protégeant le caractère sacré du lieu, il met en place un nouveau dispositif d’accueil avec un chemin balisé, des bornes lumineuses et des écrans pour des messages et des explications spirituelles.
Au niveau national, il fonde l’association des recteurs de cathédrale de France dont il fut le premier président. Sous son impulsion, chaque année les différents archiprêtres des cathédrales de France se réunissent quelques jours pour un échange commun.
Lire également l'article qui est consacré à B. Eckert, paru dans l'Ami Hebdo
Articles rédigés par Vincent Creutz - paroisse de la Cathédrale de Strasbourg - 2009 -



