LE CHŒUR DE LA CATHÉDRALE
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Transformation et réaménagement (2004)
Pourquoi réaménager le chœur de la Cathédrale ?
Le chœur de la cathédrale de Strasbourg a subi de nombreuses modifications au cours des siècles.
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Il s'est naturellement adapté aux évolutions de l'édifice. Suivant les époques, l'aspect et la perception du chœur par les fidèles ont considérablement changé. Au fil des siècles, le chœur a été adapté à la liturgie. Ces aménagements sont allés de la fermeture complète de ce chœur par un jubé en 1252, jusqu'à une position inverse, par le débordement de ce chœur dans la première travée de la nef en 1742. Le Concile Vatican II (octobre 1962-décembre 1965) a modifié sensiblement la liturgie : en particulier il a affirmé l'importance d'associer plus étroitement les célébrants et les fidèles. Il est donc normal d'aménager le chœur afin de faciliter cette union. |
Jubé avec puits - Gravure avant 1682 |
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Le chœur et la liturgie
Le chœur comporte deux lieux importants : l'autel pour la célébration et l'ambon (table du livre) pour la proclamation de la Parole de Dieu.
A cela s'ajoutent des signes forts : la croix et, puisqu'il s' agit d' une cathédrale, la cathèdre, signe du siège épiscopal.
Petit rappel historique de l'évolution du chœur
De sa construction en 1015 jusqu'en 1682, le chœur de la cathédrale est placé à environ 2m20 du sol de la nef et des bras du transept.
Vers 1260, un jubé est construit qui sépare l'abside de la nef.
Entre 1682 et 1741 plusieurs modifications et aménagements sont apportés au chœur : démolition du jubé, grands escalier entre la nef et le plateau du chœur, remplacement du dallage et abaissement du sol. Un maître autel surmonté d'un baldaquin est mis en place.
Après 1741, une travée de la nef est intégrée au chœur et un nouvel escalier y conduit , recouvrant les deux escaliers menant à la crypte.
Suite à l'incendie de la Cathédrale provoqué par la foudre en 1759, le chœur est à nouveau aménagé en 1761 avec un mobilier modifié. Une nouvelle grille en fer forgé clos le choeur.
Après la période révolutionnaire, le choeur est réhabilité au début du 19ème siècle. En 1837, Gustave Klotz, architecte de l'Oeuvre Notre-Dame, définit les principes de restauration générale de la cathédrale et préconise une restitution du chevet dans son état d'origine : les murs sont dépouillés des boiseries et des plâtres pour recevoir une décoration néo-byzantine qui recouvre voûtes et murs.
Après Vatican II, l'aménagement liturgique a été succinct : un autel et un ambon provisoires en bois ont été mis en place, ainsi que quelques fauteuils mobiles en guise de siège de l' évêque et de siège de présidence.

plan de la cathédrale,
extrait d' un livre de 1788
Depuis Vatican II, nos évêques se sont préoccupés de l' amélioration de la communication entre les célébrants et les fidèles.
Ainsi, dès 1968, le conservateur régional des monuments historiques avait donné son approbation pour le remplacement des balustrades qui forment écran ; projet qui resta sans suite.
le choeur avant réaménagement
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Le projet : architecture, mobilier
Architectes : Jean-Marie DUTHILLEUL et Benoît FERRE
Architecture
Le projet concerne d'abord des dispositions liturgiques. Les modifications architecturales proposées se justifient par l'argumentation d'une création artistique d'ensemble.
Les objectifs de ce nouvel aménagement du chœur sont donc les suivants :
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Mettre en place une relation très forte entre la nef et le choeur pour permettre la communication entre les célébrants et les fidèles.
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Installer de façon permanente la cathèdre, signe visible du rôle de l'édifice dans sa région.
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Placer autel, ambon et présidence de façon à permettre les célébrations par 100 prêtres de la liturgie eucharistique.
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Permettre la présence fréquente de 100 choristes dans le choeur en accompagnement des liturgies.
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Constituer dans le chœur un lieu de célébration occasionnelle autonome (veillées de prière, offices, eucharistie) pour 200 personnes.
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Tous ces éléments du projet forment une harmonie visuelle et créent un espace qui permett les déplacements aisés des célébrants.
Il est tenu compte de la présence des peintures néo-byzantines de l'abside qui sont visuellement très prégnantes et dont la présence n'est pas remise en cause.
Il est également pris en considération les célébrations solennelles qui se déroulent plusieurs fois par an et qui amènent la présence d'un grand nombre de personnes dans le chœur (200 personnes)
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Voici les principales modifications :
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Modification de l'escalier entre le choeur et la nef : démontage des balustrades de l'escalier actuel et prolongation des marches de grès rose actuelles vers le Nord et vers le Sud.
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Réaménagement complet du plateau liturgique de la croisée du transept, sans toutefois effectuer de modification du plateau de l'abside. Le nouveau plateau est légèrement incliné de 3 degrès vers la nef avec pose d'un parquet en chêne.
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Création de sièges pour les célébrants et la chorale : ils viennent en prolongation des stalles entourant l'abside.
plan du choeur
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Les travaux de réaménagement
les photos ont été aimablement mises à notre disposition
par la Fondation de l'Oeuvre Notre-Dame
les commentaires sont de Clément Kelhetter
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LE MOBILIER
textes du P. Bernard XIBAUT, Chancelier de l'Archevéché
L’AUTEL
Dans la liturgie chrétienne, l'autel occupe une place particulière puisqu'il symbolise le Christ lui-même, "autel, prêtre et victime".
Dans le mystère de l'Eucharistie, il est tout à la fois l'autel pour le mémorial du sacrifice de la croix et la table du rassemblement, où le Christ se donne en nourriture.
Le Concile Vatican II a souhaité que la dignité de l'autel soit mieux soulignée, en prescrivant notamment qu'il n'y ait plus, partout où c'est possible, qu'un seul autel, en un lieu vers lequel puissent converger les regards. L'autel n'est ni une décoration, ni un support pour la statue des saints : il est, par sa nature, consacré à Dieu seul. C'est ce que veut justement exprimer le rite de la consécration.
Le rite principal de cette consécration de l'autel est l'eucharistie elle-même. Cependant, selon une antique tradition, il est bon de procéder à une prière particulière de consécration. Pour respecter la vérité des choses, on évitera de célébrer sur le nouvel autel avant le jour de la dédicace.
Le rite lui-même s'ouvre par le chant de la Litanie des saints, qui accompagne la déposition de reliques de saints dans l'autel, selon une tradition des premiers temps de l'Eglise. Vient ensuite une grande prière de dédicace, dite par l'évêque, qui évoque tout le symbolisme de l'autel.
Les rites secondaires de l'onction (avec le saint-chrême), de l'encensement, de la parure et de l'illumination de l'autel expriment par des signes visibles la réalité invisible du mystère célébré sur l'autel :
- la symbolisation du Christ, "l'Oint" par excellence,
- l'offrande de l'encens comme signe de la prière qui monte vers Dieu,
- la parure de fête accordée à la table du repas où les fidèles reçoivent dans la joie le Corps du Christ
- et la lumière, signe du Christ "lumière des nations".
Aussitôt l'autel paré et illuminé, l'eucharistie festive marque l'inauguration de l'autel pour ce à quoi il est destiné pour, on l'espère, plusieurs siècles !
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LA CATHÈDRE DE L’ÉVÊQUE
Le mot de cathédrale dérive du mot cathèdre : c’est dire l’importance symbolique de ce meuble au regard du bâtiment tout entier. En français, cathèdre a donné « chaire ». S’il est vrai que la chaire a fini par désigner le meuble placé au milieu de la nef d’où se faisait la prédication, il ne faut pas perdre de vue que la chaire désignait d’abord le siège de l’évêque. On retrouve ce vieux sens dans l’appellation de la fête de la « chaire » de Saint Pierre.
Pourquoi le siège de l’évêque est-il symboliquement si important ? Parce que ce lieu, où l’évêque s’assoit renvoie à deux réalités importantes de son ministère :
• La dimension du gouvernement : assis, l’évêque préside la communauté. La succession épiscopale se concrétise dans la succession des évêques assis à un même siège. On sait que le mot de « siège épiscopal » a fini par désigner la fonction épiscopale dans sa globalité (être nommé au siège épiscopal de …).
• La dimension de l’enseignement : assis, portant la mitre et la crosse, l’évêque enseigne son peuple. Cette pratique, courante dans l’Antiquité, est cependant aujourd’hui exceptionnelle : l’évêque prêche ordinairement depuis l’ambon, lieu où la Parole a été proclamée. (Il faut noter que l’appellation de chaire donnée au meuble situé dans la nef provient de ce deuxième sens : il a fallu prêcher dans la nef pour des raisons d’acoustique !).
On comprend la raison pour laquelle il est important que la cathèdre de l’évêque ait un emplacement bien visible et digne, distingué du siège de présidence habituel des célébrations.. C’est à présent chose faite dans notre cathédrale.
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L’AMBON
On peut dire de l’ambon qu’il est une des grandes victoires de la réforme liturgique de Vatican II. Qui, parmi les fidèles catholiques, avait entendu parler d’ambon il y a quarante ans ? A cette époque, l’autel était le « meuble liturgique » par excellence, qui permettait à lui seul de célébrer l’ensemble de l’eucharistie : la messe commençait et s’achevait par des prières au bas de l’autel. Sur cet autel était posé le missel, qui contenait lui-même la totalité des textes nécessaires à la célébration, c’est-à-dire non seulement les prières, mais aussi les lectures, réduites alors à deux : l’épître et l’évangile.
A dire vrai, on avait conservé un élément fossile des temps antiques où la Parole était proclamé en autre lieu que l’autel : on continuait à prendre en considération le « côté de l’épître » et le « côté de l’évangile », ce qui se traduisait par un déplacement de missel qui occupait et amusait les servants, mais dont on voyait mal la réelle utilité.
Le Concile Vatican II a invité les catholiques à reprendre conscience de l’importance de la Parole de Dieu au cœur de toute célébration liturgique, et notamment au cœur de la messe. Afin de signifier cette importance, la réforme liturgique a préconisé la réintroduction d’un « meuble » que l’on trouvait certes dans les antiques églises romaines, mais qui avait ensuite disparu, à savoir l’ambon. Il s’agit d’un lieu spécifique pour la proclamation de la Parole de Dieu, lieu jadis élevé de telle sorte qu’il fallait monter quelques degrés pour l’atteindre, d’où le nom d’ambon.
L’ambon a eu quelque mal à s’imposer dans nos églises, en raison de la concurrence de deux autres éléments mobiliers : la chaire (qui était devenu un lieu exclusif de prédication, en raison des contraintes de l’acoustique) et le pupitre de l’animateur. En bien des églises, on a cru répondre à la demande du Concile en installant un pupitre unique, appelé généreusement « ambon », servant aussi bien au lecteur, au psalmiste, au diacre et au prêtre pour les lectures de la Parole de Dieu et leur commentaire – l’homélie –que pour les petites annonces. Le « lieu de la Parole » (au sens de la Parole de Dieu) était interprété comme « le lieu de la parole » (c’est-à-dire le lieu de la parole humaine).
Le Concile est pourtant allé jusqu’à promouvoir la belle expression « des deux tables de l’eucharistie » : la table de la Parole et la table de l’Eucharistie elle-même. Il a donc établi une équivalence entre l’ambon et l’autel, deux lieux où les Chrétiens sont nourris : d’abord de la Parole de Dieu, puis du Corps du Christ. Afin que cette équivalence soit signifiée, on préconise généralement que autel et ambon soient réalisés dans les mêmes matériaux. Ajoutons qu’il est important que les deux soient fixes. En bien des églises, on dispose d’un autel massif en pierre et d’un « ambon » léger en fer forgé, que l’on déplace allègrement au gré du ménage ou des concerts.
Tout cela explique pourquoi il était important qu’il y ait à la cathédrale un ambon fixe, de même matériau que l’autel, distingué du pupitre de l’animateur. Cette disposition, plus que tous les discours, aide à faire saisir à l’assemblée que la liturgie de la Parole n’est pas une « avant-messe », mais un des deux moments fondamentaux de l’Eucharistie.
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LA CROIX
Dans les questions et les étonnements qui reviennent le plus souvent à propos de la nouvelle configuration du chœur de la cathédrale, la grande croix dorée mise en place au fond du chœur occupe une bonne place.
Dans l’Antiquité chrétienne, il était d’usage que la grande croix de procession soit placée à proximité de l’autel. Plus tard, lorsque l’autel s’est trouvé adossé à la paroi du chœur, la croix a été posée en son milieu, entourée de chandeliers. C’est ce dispositif qui était en place jusqu’à récemment sur le grand autel du XVIII° siècle de la cathédrale.
Lorsque, dans la foulée du Concile, on a adopté la coutume de célébrer face au peuple, la question de la croix s’est posée à frais nouveaux : il a paru difficile de maintenir une grande croix sur l’autel de célébration, qui aurait gêné la visibilité entre le célébrant et le peuple. Dans certains endroits, on a repris l’antique coutume de la croix de procession placée près de l’autel : c’est d’ailleurs ce que suggèrent les rubriques du nouveau missel. Ailleurs, on a miniaturisé la croix pour qu’elle reste présente sur l’autel sans pour autant cacher la vue, ce qui donne un résultat étriqué et peu heureux !
Notre Archevêque a souvent dit que, lorsqu’il faisait le tour de l’autel et s’arrêtait pour encenser la croix lointaine qui trônait sur le maître-autel, il supposait que peu de fidèles comprenaient ce qu’il encensait réellement : peut-être le vitrail de la Sainte Vierge !
La décision a donc été prise d’installer une grande croix dorée : pourquoi une croix sans corpus, pourquoi une croix « dorée » ? La piété du Moyen-Age avait imposé dans les églises l’image du Christ souffrant sur la croix, à l’encontre de la grande tradition du premier millénaire, conservée en Orient, d’un Christ glorieux. Si la croix est le lieu de la souffrance du Christ, c’est aussi le lieu où se manifeste «la victoire du crucifié », comme le dit la Préface de la Passion. Il est bon que le mystère pascal ne soit pas compris comme la succession de deux moments isolés : le premier, douloureux, symbolisé par la croix, et l’autre, glorieux, traduit par la résurrection. Dans la perspective de Saint Jean, Jésus est dans un même mouvement élevé sur la croix et élevé dans la gloire : c’est cela que cette croix volontairement grande et volontairement dorée veut signifier.
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un livret hors série n° 1 de 2005 de L’EGLISE EN ALSACE (52 pges, nombreuses illustrations couleurs) consacré à ce réaménagement
est en vente aux stands de la cathédrale
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lien vers
la cérémonie de consécration de l'autel majeur et inauguration du choeur rénové (21 nov. 2004)
















