Sébastien de Brossard (1655-1730)
par Dominique de Debes,
maître de chapelle de la Cathédrale de Strasbourg
article paru dans l’Almanach Sainte Odile,
reproduit avec l’aimable autorisation d’Alsace Media
Les amateurs de musique redécouvrent avec plaisir un des grands musiciens du XVIIIème siècle qui fut compositeur et maître de chapelle à la Cathédrale de Strasbourg.
Education musicale
Sébastien de Brossard nait en 1655 à Dompierre dans l’Orne. Issu d’une famille de la vieille noblesse française, il compterait parmi ses ancêtres Charles de France, comte de Valois (petit-fils de saint Louis) et Hélène de Brossard. Ses études au collège des Jésuites puis à l’université de Caen, en philosophie, sciences et théologie, lui permettent d’acquérir une solide formation intellectuelle. Durant ses études universitaires, son éducation musicale se limite à l’apprentissage du luth. Vers 1678, après avoir été ordonné prêtre, il s’installe à Paris et voit naître en lui une véritable vocation musicale. Il entreprend alors, en autodidacte, des études musicales méthodiques explorant avec avidité traités et partitions, qu’inlassablement il rassemblera sa vie durant. Il constituera ainsi une imposante bibliothèque qu’il léguera vers la fin de sa vie (après en avoir dressé le catalogue) à la Bibliothèque royale. Cette très riche collection constitue actuellement le plus important fond de musique ancienne de la Bibliothèque nationale de Paris.
A Strasbourg
En 1687, Sébastien de Brossard est nommé maître de chapelle à la Cathédrale de Strasbourg. Il occupera ce poste jusqu’en 1698. Cette fonction lui permet d’exprimer et d’appliquer sa science musicale. A Strasbourg, il dispose d’une trentaine de chanteurs et d’instrumentistes et peut ainsi exécuter des œuvres d’envergure. Les œuvres composées par le maître de chapelle durant son séjour strasbourgeois sont abondantes. Recueils de motets, leçons de l’office des morts, messes, témoignent de la richesse des productions. Le « Miserere » à 5 voix et 5 pupitres d’instruments ou le « In Convertando Dominus » à 5 voix et 4 pupitres d’instruments reflètent l’importance des moyens techniques dont dispose Brossard à Strasbourg. Les deux premières années au service de la Cathédrale de Strasbourg comblent pleinement le nouveau maître de chapelle ; il fait également exécuter de grandes œuvres de compositeurs italiens. Mais en 1689, les finances du Grand Chapitre de la Cathédrale subissent les effets de la guerre de la ligue d’Augsbourg. La situation financière oblige la chapelle à renoncer aux services des instrumentistes et à réduire l’effectif des chanteurs de musique figurée.
L’Académie de musique
Brossard fonde alors l’Académie de musique de Strasbourg, ensemble musical profane. Le compositeur destine à cet ensemble certaines de ses œuvres instrumentales profanes telles sonates, danses, etc. Il publie également plusieurs recueils de chansons profanes appelées « Airs », pièces légères et plaisantes écrites le plus souvent pour une seule voix, accompagnée d’une basse continue.
En 1698, regagnant Strasbourg après un voyage à Paris où il fait publier ses œuvres, Sébastien de Brossard s’arrête à Meaux. Par hasard il apprend la vacance du poste de maître de chapelle. Il postule et au printemps 1699 s’installe à Meaux, où il occupera le poste de maître de chapelle de la Cathédrale jusqu’en 1715. Il se consacre alors exclusivement à la musique religieuse et aux recherches historiques.
Un grand musicien
Elevé au canonicat en 1709, Sébastien de Brossard demeure à Meaux jusqu’à sa mort en août 1730. Grand théoricien, il bénéficie d’une réputation reconnue par ses contemporains. Dès la parution de son premier recueil de motets, Brossard prend place parmi les grands musiciens de son temps. Il se vit ainsi confier expertises musicales et présidences de concours. Travailleur acharné, i1 est l’auteur du premier dictionnaire de musique en langue française.
Sachant s’adapter aux moyens techniques qui lui sont offerts selon le lieu et l’époque où il exerce ses fonctions de maître de chapelle, Brossard fait évoluer ses œuvres en fonction de cette « matière première musicale ». C’est ainsi qu’il n’y a pas chez lui d’orchestre type mais une constante recherche d’équilibre de sonorités et un grand souci de faire concerter, sur un pied d’égalité, voix et instruments. L’œuvre de Sébastien de Brossard, où domine la musique religieuse et plus particulièrement les motets, constitue une très intéressante facette du style musical européen autour de 1700.



