Dimanche 28 juillet 2019

17ème dimanche ordianaire - Année C

Père Louis Boschung msc

Très souvent, dans son évangile, Luc parle de la prière de Jésus, et aujourd’hui il le fait d’une manière assez surprenante. Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Un peu comme si Jésus priait n’importe où et n’importe quand. Ce qui compte, c’est bien que Jésus soit en prière. Et cela a tellement frappé ses disciples que l’un d’eux lui demande : Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean-Baptiste l’a appris à ses disciples.

Alors, si Jésus apprend à prier à ses disciples, comme l’avait Jean-Baptiste, cela ne veut pas dire qu’auparavant les disciples ne priaient pas, ni même qu’ils ne savaient pas prier, mais parce qu’ils sont disciples du Christ, leur prière se doit de prendre une tournure originale, on pourrait dire chrétienne. Et la prière que le Seigneur apprend à ses disciples est bien la prière des chrétiens. Nous sommes plus habitués à la version de Matthieu qui dit Notre Père, Luc mentionne simplement Père. Toutes les différences et nuances pourraient nous apprendre beaucoup de choses, mais il faudrait beaucoup de temps, et c’est quand même les vacances. Alors, plus simplement, nous allons nous laisser interpeller par quelques passages des lectures de ce jour.

On peut sans danger rapprocher la prière d’Abraham, dans la première lecture, et celle, dans l’évangile, de l’ami qui vient en pleine nuit réveiller son ami. Tous les deux plaident la cause de l’autre. Ils ne prient pas pour eux-mêmes. Le souci de l’autre donne toutes les audaces.
Et Abraham ne manque pas d’audace de s’adresser à Dieu dans une enchère à l’envers. De cinquante, il descend la barre jusqu’à dix ! Il aurait pu peut-être descendre encore plus bas, jusqu’à cinq, jusqu’à un seul. Et si Dieu n’avait attendu que cela !

Nous sommes plus sensibles à une solidarité dans le mal. Et cette lecture nous parle du rôle positif des justes, qui va jusqu’à faire épargner des coupables. Quel poids dans la balance que ces dix justes face à toute une ville. Jusqu’où peut donc aller le pardon, la miséricorde de Dieu ? Nous en avons une réponse dans la lettre de Paul aux Colossiens. Il suffit d’un seul juste pour sauver, non pas une ville, non pas un peuple, mais le monde entier, toute l’humanité. Il n’y a qu’un seul sauveur, le Christ : Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés.

Alors, dans notre monde d’aujourd’hui, où certains ne cessent de parler de punir, d’éliminer, à la suite d’Abraham, ne devons-nous nous tenir devant Dieu pour que les hommes de paix, au milieu de tant de haine, de violence, de mal, soient ces justes qui renversent le cours de l’histoire. Notre prière est-elle assez audacieuse ? Par le baptême, nous rappelle l’apôtre, vous avez été mis au tombeau avec le Christ, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts.

Comment croire en la force de Dieu, alors que nous voyons défiler devant nos yeux les images de l’actualité ? Le Christ a été confronté aux mêmes difficultés, et notre foi, notre baptême ne nous mettent pas à l’abri du combat contre le mal. Au contraire, en recevant le baptême, nous choisissons de suivre le Christ, d’être fils.

En appelant Dieu Père, nous prions afin que son nom soit sanctifié, c’est-à-dire que si nous implorons Dieu de manifester sa personne, sa gloire, nous acceptons qu’il le fasse en nous rendant saints. Et dire que ton règne vienne, c’est souhaiter ardemment que Dieu révèle sa souveraineté et sa gloire, pour le salut et le bonheur de tous les hommes.

Et pour que nous soyons vraiment fils, il est indispensable que nous demandions au Père qu’il nous donne l’Esprit Saint. Et alors, nous suivrons le Christ dans son abandon à la mort, dans sa foi en un Dieu capable de nous montrer l’envers de la mort et du mal. Nous risquerons ainsi notre vie dans la foi. Nous pourrons assumer honnêtement  ce mélange inextricable de bien et de mal qui est notre vie, en nous confiant au pardon de Dieu.

Et pour arriver à bon port, nous avons besoin de ce pain que le Seigneur nous partage, car c’est de lui que nous vient la force de la fidélité, puisque le Seigneur est avec nous. Amen !