Dimanche 11 août 2019

19ème dimanche ordianaire - Année C

Père Paul-Dominique Marcovits, o.p.

Cette parabole que le Seigneur nous raconte est pleine de chaleur et de délicatesse. Il n’y a aucune tension entre le maître et les serviteurs. Le maître est parti à des noces, rien de plus naturel et de plus joyeux. Les serviteurs, eux, restés dans la maison, ont gardé leur tenue de travail car il y a toujours des choses à faire dans une grande demeure. Ils travaillent volontiers pour ce maître qui semble les respecter. Surtout, et cela montre bien la belle relation qu’ils ont avec leur maître, ils attendent, ils attendent… jusqu’à minuit, trois heures du matin ! Ils attendent sans s’inquiéter… Le maître est parti à des noces, il n’est pas parti à la guerre !
Ces serviteurs, c’est nous. Le maître, c’est le Christ. Il est parti à des noces, celles du ciel auprès de son Père et là il nous prépare une place. Il va revenir… « Nous attendons ton retour dans la gloire », aimons-nous dire. La sérénité domine notre cœur. Il n’y a pas à s’inquiéter de savoir si nous sommes prêts et dignes de le recevoir. A la demande du maître, nous restons dans une tenue de travail plus ou moins propre, nous sommes en état continuel de conversion et il reste encore beaucoup à faire… Le maître quand il viendra trouvera tout naturel que nous ne soyons pas en tenue du dimanche, il nous trouvera comme ça, en train de travailler pour lui être plus fidèle et en train de chercher à faire davantage du bien aux autres. Ce maître qui reviendra nous aime et ne veut que notre bonheur.
Mais attention ! L’essentiel n’est pas tant de travailler au service du maître, l’important est de l’attendre, lui, le maître. Il ne s’agit pas de devenir d’abord meilleur mais d’aimer le maître, de désirer ardemment son retour. Alors aucune fatigue excessive dans le travail mais joie de le retrouver. On ne se fatigue pas d’attendre quelqu’un que l’on aime. Au contraire, le cœur est éveillé, le cœur est dans la joie. Dès que nous entendons le premier bruit de ses pas, on se précipite pour ouvrir. Voilà la grande joie chrétienne, la grande espérance. Le Seigneur viendra.
Il viendra. S’il y a une récompense que nous attendons, c’est bien celle-ci : Seigneur, je suis ton serviteur, ma joie est de te servir. Ma dignité de serviteur serait comblée de pouvoir enfin servir en ta présence. Voilà le bonheur attendu. Ce n’est pourtant pas la récompense que donne le maître. Le Seigneur n’agit pas ainsi. « C’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fait prendre place à table et passe pour les servir ». Les serviteurs pensaient servir le maître et c’est le maître qui les sert. Il passe de l’un à l’autre…
Que veut nous dire le Seigneur ? Être maître, c’est servir et Jésus est le maître. Il est d’autant plus maître qu’il passe de l’un à l’autre ou qu’il passe en lavant les pieds des apôtres le jeudi saint. En rien, il s’agit de dominer. Mais il y a encore ceci : servir à table, c’est donner la nourriture, ce qui fait vivre. Sans pain, qui peut vivre ? Sans Dieu qui peut vivre ?
Et voilà notre mission. La dignité du serviteur comme la dignité du maître, c’est celle de donner la vie, de donner la vie de Dieu aux autres.
En ce temps de vacances où nous avons plus de temps pour nous parler, pour regarder ce qui est beau, ce qui élargit le cœur et l’esprit, soyons des serviteurs les uns pour les autres, des maîtres de vie aussi : offrons aux autres ce qui donne le bonheur, la vie de Dieu.