Dimanche 25 août 2019

21ème dimanche ordianaire - Année C

Chanoine François Geissler

Sœurs et frères, Chers amis,

La liturgie de l’Eglise catholique habituellement très pédagogique est parfois étonnante voire déconcertante. C’est le cas aujourd’hui. En effet, nous avons affaire pour le moins à un paradoxe entre la première lecture, du livre du prophète Isaïe, et l’Evangile selon saint Luc. D’une part, le prophète vétérotestamentaire annonce un rassemblement phénoménal, extraordinaire, universel, projet du Seigneur lui-même. Et d’autre part, Jésus évoque une porte étroite avec, en plus, un maître de maison exigeant quant à l’ouverture ou à la fermeture de ladite porte. Comment est-il possible de concilier ces deux réalités, une invitation concernant toutes les nations de toute langue et la nécessité, pour ceux qui veulent être sauvés, d’entrer par la porte étroite ?

La description proposée par Isaïe est stimulante et rassurante. « Toutes les nations », « tous vos frères », « les plus éloignées », « les plus lointaines », tous se retrouveront à Jérusalem, à la montagne sainte, haut-lieu du salut, maison du Seigneur.
En regard, le discours de Jésus, dans l’Evangile de Luc, est sévère, exigeant voire paralysant. « Beaucoup chercheront à entrer… et n’y parviendront pas ». Les arguments avancés pour tenter de forcer le passage ne sont pas recevables et provoqueront des réponses cinglantes : «je ne sais pas d’où vous êtes, éloignez-vous de moi ». Pire encore, l’annonce de pleurs et de grincements de dents, au dehors… Tout cela fait froid dans le dos d’autant plus que sont visés des gens qui se croient, légitimement, susceptibles d’être sauvés. Et nous pensons sans doute être rangés dans cette catégorie…
Alors, comment surmonter ce paradoxe ?
La liturgie, intelligente, comme toujours, me semble nous offrir une clé dans la 2ème lecture, extraite de la Lettre aux Hébreux. La vision d’Isaïe n’est pas mise en cause par son auteur, loin de là. En revanche, il nous invite à prendre la mesure de la situation réelle qui est la nôtre et qui nécessite cette entrée dans le Royaume par la porte étroite. Et pour que nous comprenions bien, il développe la notion de « leçon » et ceci par 6 fois dans notre court passage ! Le message est le suivant : le Seigneur est pédagogue. Le Seigneur nous aime et, en conséquence, il nous corrige et nous donne des leçons. Il est comme un père pour nous, ses fils. Est-il possible d’évoquer ici une double réflexion ? La première est présente dans notre passage : nul n’aime recevoir de leçon. Recevoir une leçon rend triste et penaud. Quand bien même, après coup, il nous est possible, comme l’indique notre texte, de considérer non pas seulement le bien-fondé de la leçon mais les fruits qu’elle a portés. Mais il y a une autre réflexion plus actuelle : aujourd’hui nous avons non seulement beaucoup de mal à recevoir des leçons mais nous avons aussi beaucoup de difficulté à en donner dès lors que nous sommes en situation de paternité. En réalité, nous oublions souvent l’exigence de l’amour paternel par peur de perdre l’amour filial.
Dès lors, notre appréhension de la parole de Dieu de ce jour devient encore plus complexe. Or il me semble que la chose est relativement simple qui nous invite à passer par cette porte étroite qui va en quelque sorte nous raboter, nous dépouiller, nous alléger. Le Seigneur Jésus étant lui-même et le chemin et la porte, il peut nous configurer à l’attente du Père.
Il n’est pas innocent de constater que les propos de l’Evangile de ce jour ont été prononcés alors que Jésus était en route vers Jérusalem. Peu à peu il allait être dépouillé, déssaisi de lui-même, pour se retrouver nu, totalement exposé sur le bois de la Croix. Mais c’est à partir de là, de ce bois qu’est produit un fruit de justice et de paix.
Voilà qui ouvre des perspectives, à la fois difficiles et douloureuses, mais aussi heureuses et merveilleuses. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! » L’invitation, à la fois ferme et compréhensive, de Jésus nous incite certes à un certain volontarisme pour nous alléger, nous « dégrossir » afin d’y répondre positivement. Mais ne croyons pas qu’il nous faille trop nous meurtrir nous-mêmes ou nous amputer pour pouvoir forcer le passage. La vie, avec ses heurs et ses malheurs, ses drames et ses joies, est là pour, sans cesse, nous provoquer et, par là même, nous aider.  Si nous voyons les choses ainsi, si nous le croyons et le vivons ainsi, le Seigneur, au cœur de cette vie et avec nous, fait peu à peu son œuvre de salut et nous permettra, le jour venu, d’entrer par la porte étroite.
La perspective d’Isaïe qui révèle le projet final de salut de Dieu demeure intacte. Lui est associée une exigence qui révèle, en fait, et dès à présent, Dieu sauveur à l’oeuvre en nous. Benedicamus Domino !

Amen