Dimanche 14 octobre 2018

28e dimanche ordinaire – année B

Chanoine François GEISSLER

Sœurs et frères, Chers amis,

D’abord la Parole. Mais elle rencontre la richesse. Et la Sagesse ne peut s’imposer sans la conversion…
Voilà, me semble-t-il, un résumé bref mais réaliste des trois textes de ce jour.

D’abord la Parole. Il s’agit bien entendu de la Parole du Seigneur, formule qui achève la proclamation des deux lectures. Il s’agit de la Parole de Dieu que nous sommes invités à acclamer, comme telle, après la proclamation de l’Evangile.
Parole et non mots. Nous connaissons les mots qui jalonnent nos journées. Ils sont utiles, nécessaires voire indispensables pour la vie courante. Mais nous connaissons aussi le poids des paroles, de ces mots qui acquièrent un statut tout neuf et fort parce qu’ils nous touchent dans une relation singulière, dans un amour, qui nourrissent vraiment  une vie intellectuelle ou spirituelle. Une parole digne de ce nom n’est jamais banale et toujours forte.
Quant à la Parole de Dieu, la lettre aux Hébreux la qualifie de vivante et d’énergique. Tout le contraire d’un reliquat vénérable certes mais à seule valeur archéologique ou fossile. La parole de Dieu est un réservoir d’énergie, gratuite et puissante. Et la lettre précise son propos : la parole de Dieu est « plus coupante qu’une épée à deux tranchants ». Il ne s’agit donc pas d’un petit couteau de poche destiné à de menus usages mais bien d’une épée et d’une épée au redoutable tranchant susceptible de s’insérer dans le point de contact de l’âme (du cœur) et de l’esprit (la pensée), ces jointures à la fois indispensables et si ténues qui lient l’une avec l’autre. Rien n’échappe au tranchant de la Parole de Dieu. Avec une précision capitale : «nous aurons  à lui rendre compte». La Parole de Dieu est donc tout autre chose qu’une parole lénifiante, doucereuse, qui viendrait seulement nous consoler et nous rassurer. Non la Parole de Dieu est forte et puissante et nous ne saurions la sous-estimer. 1ère réflexion d’importance.

Mais la Parole de Dieu rencontre l’opposition d’un désir puissant, puissant entre tous, le désir de richesse. Richesse à obtenir ou à garder, à préserver. L’homme de l’Evangile qui avait de grands biens, connaissait la parole de Dieu, connaissait les commandements de Dieu. Mieux, il mettait la Parole en œuvre et observait les commandements.  Mais, au fond, c’est la richesse, sa richesse, qui le tenait en son pouvoir. Et le regard aimant de Jésus lui-même n’y changea rien. Le seul résultat de l’échange fut qu’il devint sombre et que la tristesse qui l’envahit l’amena à s’éloigner de celui qu’il avait qualifié, au début de l’entretien, de « bon maître » !
De fait, l’alternative est simple : ou les richesses ou le Royaume de Dieu. Pas de « en même temps » comme dirait quelqu’un d’important aujourd’hui. Pas de « et et », cette fois-ci mais un « ou ou » clair, net et précis. Et l’imagerie orientale d’en rajouter une couche, si vous me permettez l’expression, en évoquant l’impossible traversée d’un chameau par le trou d’une aiguille…
De quoi désespérer les disciples de Jésus eux-mêmes : « mais alors qui peut être sauvé ? ». Voilà une question qui rejoint nos propres interrogations. Car, très honnêtement, nous sommes sans doute, toutes et tous, tenus par un certain nombre de richesses, plus ou moins importantes certes, mais réelles. Alors, quoi faire, concrètement ?
Mais Jésus tire les disciples d’affaire et nous avec eux : « pour les hommes, c’est impossible, mais par pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ».

Et voilà que nous sommes invités à reprendre le texte du livre de la Sagesse qui indique le chemin à suivre. Première étape : la prière. Où l’on comprend que l’accueil de la parole de Dieu nécessite de la prier càd de l’accueillir dans l’intimité de notre relation avec le Seigneur lui-même. Deuxième étape, le discernement : mais là l’auteur du livre nous indique que cette disposition est l’objet d’un don plus que d’une action volontariste de notre part. En revanche, troisième étape, une fois l’esprit de Sagesse venu en nous, il y a des conséquences pratiques, de l’ordre des préférences, de l’ordre des choix concrets qui excluent certaines réalités pour ouvrir à de nouvelles perspectives.

Dès lors nous découvrons une réalité incontournable : la nécessaire conversion.
Il faut sans doute ici, éloigner de notre champ de vision le « phénomène » des grandes conversions, des conversion radicales et emblématiques : celle de Saül devenu Paul, celle d’Augustin, celle de François d’Assise, celle d’un Charles de Foucauld ou d’un Paul Claudel et de bien d’autres. Ces conversions sont un retournement à 180°, retournement que n’a pas osé ou pu mettre en œuvre l’homme riche de l’Evangile.
Pour ce qui nous concerne, vous et moi : soyons plus lucides si possible, plus modestes aussi mais non moins déterminés. Si les grandes conversions ne sont, vraisemblablement, pas nécessaires pour nous, quoique…, de petites conversions sont, elles, indispensables.
Laissons donc la Parole de Dieu, vivante et énergique, tranchante jusqu’à la moelle nous toucher et nous couper de telle ou telle richesse. Laissons la Parole de Dieu grandir et s’épanouir dans notre prière et accueillons le discernement qui nous est offert. Et tirons en les conséquences, modestes peut-être, mais réelles qui nous permettrons d’aller vers la Sagesse, qui est une image de Dieu lui-même,  avec courage, foi et détermination.

Et en ce dimanche où l’Eglise universelle se réjouit de la canonisation du pape Paul VI, de Monseigneur Oscar Romero et de 5 autres bienheureux, un jeune italien, deux prêtres italiens, une religieuse allemande et une religieuse espagnole, accueillons la bonne nouvelle de notre possible et souhaitable progression personnelle et collective sur les chemins de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés.


Amen

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