Dimanche 07 janvier 2018

Epiphanie du Seigneur – année B

Mgr Joseph MUSSER

"Nous avons vu son étoile"

Mt 2,1-12

L'Evangile plus sobre que l'imagination populaire

Ces mages venus d'Orient sont à la fois bien connus et demeurent pourtant mystérieux. Ils apparaissent et disparaissent dans l'Evangile. Ils viennent auprès d'Hérode pour dire : "Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui". Lui, ils en parlent comme du Roi des Juifs, mais ils vont se prosterner et l'adorer comme leur Seigneur. Et eux, les mages, qui sont-ils ? On ne le sait pas bien. Le nom désigne des savants, des astrologues venus d'Orient, de Perse pensait-on, ou encore d'Arabie, en tous cas étrangers au monde juif. Au fil des siècles, l'imagination populaire a ajouté toutes sortes d'éléments au récit de l'Evangile. Très vite, on parla de rois car la Bible dans le Psaume 71 avait dit que des rois viendront de Tarsis et des îles, de Saba et de Seba et se prosterneront devant le Messie ; plus tard, en Occident, on dira qu'ils étaient trois comme le nombre des présents faits à l'enfant de la crèche, l'or, l'encens et la myrrhe ; au VII° siècle, on leur donnera un nom ; au XV° siècle, à l'époque des grandes découvertes,
on leur attribuera des races différentes, qui n’ont d‘ailleurs pas toujours été les mêmes : Melchior aurait été blanc, Gaspard jaune et Balthazar noir, symbolisant ainsi l'ensemble de l'humanité.

L'Evangile est plus sobre et va droit à l'essentiel. "Nous avons vu son étoile et nous sommes venus d'Orient pour l'adorer". Les mages sont des hommes qui cherchent et qui observent. Ils reconnaissent l'étoile car ils cherchent. Ceux qui ne cherchent pas ne voient rien. C'est là une première grande indication de l'Evangile : seuls ceux
qui sont disponibles, qui cherchent Dieu, peuvent voir les signes qu'il nous fait. Voyez Hérode ! Il ne cherche pas Dieu, il se cherche lui-même. Il pense à son pouvoir, à sa fortune et à son prestige. C'est tout ce qui compte pour lui et il ne voit rien d'autre : au lieu de voir les signes que Dieu fait, il voit dans l'enfant de la crèche
une menace pour sa couronne et ne peut pas rencontrer Dieu.
Voyez les scribes et les chefs des prêtres : ils ne cherchent pas non plus, ils savent.

L'Ecriture est leur domaine ; le prophète Michée qui avait parlé de Bethléem en Judée et de ce qui concerne le Messie, ils le connaissent par coeur. Ils sont savants mais aveugles. Eux qui pourraient parler des heures durant de la venue du Messie, ne le reconnaissent pas quand il vient. Restent les mages, des hommes de foi, qui sont prêts à accueillir Dieu comme il vient et non comme ils voudraient qu’il soit. Ils savent reconnaître les merveilles de Dieu et s'en réjouir.

Des étoiles pour notre temps

Ils se mettent en route à la vue de l’étoile. Et nous, avons-nous encore des étoiles pour nous mettre en route à notre tour ? Quelles sont ces étoiles d'aujourd'hui ? Il ne faut pas les chercher dans le ciel. Il faut les découvrir sur la terre. Ces étoiles ce sont des personnes. Des personnes dans lesquelles nous pouvons reconnaître
l'esprit de l'Evangile. Ils sont souvent recouverts par beaucoup d'autres choses et difficiles à découvrir. Ainsi l'année qui vient de se terminer a vu beaucoup de misères et de malheurs : les informations quotidiennes en font le relevé qui peut devenir oppressant. Mais chaque année est aussi marquée par des étoiles qui brillent, quelquefois s'éteignent tout en continuant de briller travers tous ceux qui continuent l'oeuvre commencée. Il y a de temps en temps des étoiles qui sont connues de tous comme les moines de Thibérine qui ont laissé un témoignage de foi et d'espérance, de fraternité et d'humanité dans lequel beaucoup se sont reconnus.
On peut évoquer l'abbé Pierre ou Mère Teresa qui ont manifesté que leur foi les entrainait du côté des plus petits, de ceux qui sont dans le besoin extrême. Ils mettent sur le chemin de Dieu.

Sans qu’elles soient aussi connues, nous avons autour de nous des personnes qui posent des gestes d'amitié, de solidarité, d'entraide, de pardon, de soutien dans l'épreuve qui sont autant de petites étoiles que l'Esprit du Seigneur suscite chez ceux qui se laissent animer par lui.

Oui, Dieu continue de nous faire signe. Noël et l'Epiphanie sont des débuts indiquant ce qui est appelé à grandir pour que le monde vive. Il est vrai qu'il faut savoir regarder, et peut-être même apprendre à regarder. Aujourd'hui l'Eglise propose des lieux pour cette recherche. Equipes de réflexion, partage d'Evangile, retraites...
autant de moyens que les chrétiens se donnent pour maintenir vivant l'Esprit de recherche qui animait les mages.

L'Esprit-Saint fait de nous une étoile pour aujourd'hui

La Bonne Nouvelle de l'Epiphanie va bien au-delà de la visite de quelques savants orientaux. Chacun de nous est appelé à devenir cette étoile qui brille dans le monde des hommes d'aujourd'hui. Comment des hommes, des femmes, jeunes et des moins jeunes pourraient-ils découvrir Dieu s'ils ne rencontraient des témoins animés par l'Esprit-Saint, l'Esprit de l'Evangile ? Les étoiles que Dieu envoie au monde de notre temps, c'est chacun d'entre nous. Le Concile Vatican II disait il y a plus de 50 ans : "L'Eglise est comme le sacrement du Royaume", c'est-à-dire qu'en regardant vivre les chrétiens, les hommes de toutes races et de toute culture devraient comprendre un peu plus Dieu et son Royaume.

En cette année où « Saveurs d’Evangile » nous invite à laisser la Parole de Dieu produire de beaux fruits dans nos vies et dans le monde, nous pouvons accueillir cette bonne nouvelle : Dieu nous donne son Esprit, il habite en nous et anime notre recherche de vie et de foi. En le laissant grandir dans notre vie, nous deviendrons comme ces petites étoiles qui, dans le monde des hommes, manifestent le ciel de
Dieu.

 

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