Dimanche 19 mai 2019

Homélie du 5ème dimanche de Pâques – année C

Monseigneur Joseph Musser

« Aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,31-35)


« Je vous donne un commandement nouveau : comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » En quoi ce commandement est-il nouveau ? Et peut-on décider d’aimer ?  Dans l’Ancien Testament, on connaissait déjà ce commandement. Au ch 19, v. 18 du livre du Lévitique, nous lisons : « Ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple : c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Un rabbin très respecté, Rabbi Aquiba, commentait ainsi : « C’est un principe fondamental de la Loi ». Jésus ne reprend pas simplement ce commandement. Il lui donne une force et une portée nouvelle. Ce commandement est nouveau parce qu’i devient LE commandement et non pas un parmi d’autres. La nouveauté que Jésus introduit, c’est que l’amour du prochain devient la face visible de l’amour pour Dieu. C’est comme les deux faces de la même réalité : l’amour pour Dieu, plus intérieur, et l’amour du prochain qui en est la traduction visible aux yeux de tous.

Mais peut-on aimer sur commande ? Peut-on décider d’aimer ? L’amour est généralement perçu comme un sentiment qui ne se commande pas. Que l’on regarde les émissions de la télé ou que l’on écoute les conversations courantes : on aime ou on n’aime pas, et cela ne se commande pas.


L’amour est service, souci de l’autre

Comment alors comprendre le commandement de Jésus ? L’évangile a été écrit en grec. Et en grec, il y a plusieurs verbes que nous traduisons par aimer. Le verbe utilisé dans ce passage ne vise pas d’abord les sentiments amoureux mais le service concret de l’autre. Jésus s’est engagé pour les siens, et aussi pour les malades et les exclus de son temps. Son amour était concret. Il savait regarder chacun avec les yeux même de Dieu et cela changeait tout.


Voilà la source de l’amour : savoir regarder en chacun ce qui le rend aimable. Si les sentiments ne se commandent pas, on peut en revanche décider de poser des gestes concrets qui traduisent l’estime, le souci, l’amour que nous avons de l’autre.

« Comme je vous ai aimés »

Les différents évangiles relatent ce grand commandement de Jésus. Mais ils ne le font pas de la même manière. Dans les évangiles de Matthieu ou de Luc par exemple, la citation est la reprise du texte du Premier testament : « Tu aimeras le prochain comme toi- même » et on commente avec justesse qu’il difficile d’aimer l’autre si l’on ne s’aime par soi-même. Dans notre texte aujourd’hui, il est question d’aimer « comme Jésus nous a aimés ». La référence n’est pas l‘amour que j’ai pour moi-même mais l’amour manifesté en Jésus.

Si nous voulons découvrir ce que veut dire aimer les autres, il faut regarder comment Jésus a vécu l’amour des autres. On découvre que cet amour se révélait et se concrétisait de bien des manières : Jésus savait accueillir chacun, spécialement ceux qui en avaient davantage besoin ; il enseignait et redonnait espérance à ses auditeurs ; il avait souci de leur situation matérielle ; il valorisait les petites choses, comme l’offrande de la veuve ; il se réjouissait ce que les pauvres et les petits comprennent les choses de Dieu ; finalement, il a même donné sa vie pour que la haine n’ait pas le dernier mot. La liste n’est pas close et on n’a jamais fini de découvrir les multiples facettes de l’amour que Jésus a manifesté lorsqu’il était parmi nous.

« Aimez-vous les uns les autres »

Vouloir le bien d’autrui, voilà le cœur de l’amour-charité. Pour nous aujourd’hui, nous pouvons évoquer trois dimensions de cet amour pour le prochain.


La proximité. Aimer ceux qui nous sont proches n’est pas forcément le plus facile. On voit aussi les petits côtés des uns et des autres. Pourtant, si on sait passer au-delà de ces désagréments, si on sait pardonner, cet amour de ceux qui sont proches peut devenir une grande lumière dans notre vie. Aimer les membres de sa famille, c’est vouloir leur bien. C’est quelquefois savoir mettre des exigences, c’est surtout croire que l’estime et la confiance peuvent faire des miracles. Comment éduquer des enfants sans amour et sans confiance ? Et n’oublions pas que chacun, moi comme les autres, avons besoin d’amour et de confiance.


Le champ social et professionnel. L’amour des autres passe par un travail professionnel utile, pour la société, pour la planète et aussi par un engagement social pour le bien d’autrui. Dans ce domaine, l’Eglise a une tâche propre, ‘un opus proprium’ comme le rappelle le pape Benoît XVI, dans son Encyclique sur la charité : organiser des œuvres caritatives et vivre le service de la charité. Il y a des nécessités immédiates qui demandent une aide concrète : catastrophes, malheurs, exclusions de toutes sortes... Dans notre diocèse, le Secours catholique fait un grand travail dans ce domaine de la grande pauvreté. Il y a tant à faire. Chacun peut d’ailleurs trouver sa place dans l’une des nombreuses associations caritatives et humanitaires. En nous y engageant et en les soutenant, nous pratiquons ce le Catéchisme de l’Eglise catholique appelle « la charité sociale » (n° 1939), une dimension de l’amour de l’autre.


De bonnes structures de vie. Là nous sommes dans le champ du politique, car l’amour des autres se traduit aussi dans le domaine politique. Œuvrer pour le bien commun et la justice, travailler à ce que la paix et la fraternité grandisse entre les hommes, c’est pratiquer la « charité politique » que Pie XI qualifiait comme « la forme la plus large de la charité » puisqu’elle concerne les intérêts de toute la société. La politique a souvent mauvaise presse et la plupart d’entre vous ne tenez pas à vous aventurer sur ce terrain difficile et rude. Cependant, tout ce que nous pouvons faire pour que ceux qui exercent des responsabilités publiques n’oublient jamais le noble but du mandat qui leur a été confié, est aussi une manière de répondre au commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres ».


Saint Paul avait bien compris le commandement du Christ. Il écrit aux Corinthiens. « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, avoir toute la science des
mystères, distribuer ma fortune, faire les plus belles choses, s‘il me manque l’amour, je ne suis rien... L’amour pend patience, l’amour rend service... L’amour ne passera jamais ».(1Co 13).