Dimanche 26 mai 2019

Homélie du 6ème dimanche de Pâques – année C

Chanoine François Geissler

Sœurs et frères, Chers amis,

En ce 6 ème dimanche de Pâques, 36 ème jour de ce grand jour de Pâques qui dure 50 jours soit le temps de 7 « créations », la liturgie nous donne de
découvrir des réalités à la fois différentes mais aussi très cohérentes.


Tout d’abord, le livre des Actes des Apôtres, ce livre magnifique qui nous est proposé pendant tout le temps pascal nous permet de voir, avec les yeux de la foi bien sûr, les débuts de la communauté chrétienne. Tour à tour, les merveilles de l’œuvre de Dieu, les drames, les difficultés, voire les tragédies comme celle d’Etienne, les interrogations, les disponibilités humaines nous sont proposés à la lecture et à la réflexion y compris dans la perspective de comparaisons à effectuer avec notre histoire actuelle. Aujourd’hui, des questions importantes qui concernent les règles d’accès à la communauté des croyants sont évoquées. Que faut-il demander à de nouveaux croyants avant de les admettre au sein de la communion ecclésiale ? Les réponses ne s’imposent pas d’elles-mêmes. Pour les uns, il s’agit de se situer en continuité avec la culture juive qui est leur héritage. Et ce point de vue est formulé de manière très prégnante. Pour d’autres, il ne peut en être question. Assurément si, pour devenir chrétien il faut d’abord devenir juif, les païens ne risquent pas de venir en foule. Le judaïsme était, et demeure d’ailleurs, marqué par des signes de différenciation forts comme la circoncision, les règles alimentaires, l’ensemble des 635 mitsvoths, des règles cultuelles, culturelles et des interdits caractérisant le particularisme de ce peuple et de sa religion. Sa sauvegarde et sa mission propre au milieu des nations constituant l’enjeu majeur de ces contraintes.

Mais les premiers chrétiens d’origine juive firent le choix de n’imposer que le minimum. Ce choix permet de ne pas se laisser contaminer par le culte païen ou de laisser croire à une complicité de fait avec la culture païenne. L’affaire fut réglée par Paul et Barnabé, avec les Apôtres et avec Jude et Silas, et le sceau fut apposé de manière superbe et définitive : « l’Esprit saint et nous-même avons décidé ! ». Un sceau qui n’a rien de banal mais qui résulte de temps de prière, de réflexion, d’échanges entre communautés, de jeûne, de discernement absolument indispensables et qui doivent nous interroger sur nos modalités actuelles de prise de décisions en Église et même à titre personnel.


Ensuite, je me permettrai de croiser l’Apocalypse de Saint Jean avec l’Évangile du même. La vision de la cité sainte évoque en effet une ville qui ne comporte aucun sanctuaire, aucune demeure sacrée. Le sanctuaire, c’est le Seigneur lui-même, Souverain de l’univers avec l’Agneau. Vision prodigieuse qui trouve un contre-point singulier dans l’Évangile dans lequel Jésus affirme que si quelqu’un l’aime et garde sa Parole, son Père et lui l’aimeront et se feront, chez ce croyant en la Parole, leur demeure. Qui plus est, Jésus se propose de demeurer chez ses amis jusqu’à l’envoi de l’Esprit-Saint. En réalité, nous le savons bien par ailleurs, Jésus fait de chacune et de chacun d’entre nous, comme de l’Église d’ailleurs, une demeure, un sanctuaire, un tabernacle et il demeure en nous, surtout après avoir communié, pour autant que nous acceptions Sa Présence et que nous nous mettions en situation de dialogue permanent avec Lui.


Enfin, il y a le don de la paix, ce cadeau infiniment précieux pour chacun et pour tous. À Pâques, nous avons découvert Jésus offrant cette paix aux apôtres au soir même de la Résurrection. Le don d’une réalité acquise de haute lutte dans le passage de la souffrance, de l’obéissance, de la croix, de l’abandon, de la mort. Jésus offre aux siens, au soir de la joie parfaite et de la Vie nouvelle, une paix qui n’a rien de facile mais qui représente un don infiniment précieux. À recevoir à sa juste valeur ! Et je ne suis pas sûr que le geste de paix de la messe qui suit la prière qui rappelle notre Évangile de ce jour soit vécu par nous avec la gravité qui s’impose et avec le sens du prix payé par Jésus pour nous l’offrir. Pour nous aider dans une compréhension plus finede ce don, l’Évangile, proclamé il y a un instant, est un extrait du discours de Jésus avant sa passion. Relu par la communauté chrétienne primitive qui prend, dans la foi, la mesure des choses, le don de la Paix est une grâce sublime qui nous engage, nous aussi, sur les chemins de la construction d’une paix véritable, à prix coûtant !


Tout à l’heure, frères et sœurs, chers amis, après avoir communié, souvenez-vous que vous êtes une demeure pour le Seigneur, qu’il devient plus intime à vous-même que vous-même. Souvenez-vous aussi de la pratique du discernement de toute chose dans la foi pour que vous puissiez dire en vérité, vous aussi, « l’Esprit-saint et moi avons décidé ». Souvenez-vous enfin que, recevant le Seigneur dans votre demeure intérieure, accueillant l’Esprit de sainteté et la paix de Jésus-Christ, mort et ressuscité, nous sommes, de facto, engagés dans cette aventure de la construction de la paix des cœurs et de la paix, j’allais dire «tous azimuths», càd en tous lieux et en toutes circonstances.

C’est notre belle et exigeante mission. C’est aussi notre grâce !


Amen