Dimanche 03 juin 2018

Jésus, vainqueur du Mal

Père Paul-Dominique MARCOVITS, o.p.

Jésus, vainqueur du Mal
Marc 3, 20-35

Béelzéboul ! Ce nom prête à sourire… Béelzéboul, comment prendre au sérieux un personnage avec un nom pareil ! On sourit moins lorsqu’on prononce ses autres titres : prince des démons, père du mensonge, meurtrier dès l’origine, accusateur de nos frères… On sourit moins lorsqu’il se présente sous la forme insidieuse et rampante du serpent tentateur, et nous savons la suite.


Béelzéboul, quel que soit son nom, nous le connaissons bien. Il s’accroche à ces replis sombres de nos âmes, à ces habitudes si ancrées en nous de jugement, de critique, d’envie, de jalousie… Il ne s’agit pas de prétendre être les plus grands pécheurs de la terre, mais souvent, on prend son parti d’un tel compagnon qui s’accroche si rapidement aux points faibles de notre personnalité.


J’ai déjà entendu dire que le démon n’était pas intelligent car, pour l’être, il faut avoir un désir positif, un projet sur les êtres et les choses. Or, rien n’est positif en lui, il ne cherche qu’à détruire, diviser : lorsqu’il saisit quelque chose, la vie s’en va. En lui et parmi toutes les légions de ses disciples, il ne peut y avoir d’entente, de cohésion, de solidarité. C’est « un royaume divisé contre lui-même, un royaume qui ne peut tenir », selon les termes mêmes de Jésus. Rien de solide et pourtant quels dégâts cela engendre !


Face à cette réalité insaisissable, à ce mal aux multiples visages, à cette mort spirituelle ou morale qui nous guette si souvent, face au Mal :
Jésus ! Jésus, il est le maître, il domine. Comme il le dit de lui-même, il est « l’homme fort » qui est venu « ligoter » le démon et «piller sa maison. »
Nous savons qu’il dit vrai nous l’avons tant célébré ces temps derniers : « Il a enlevé le péché du monde : en mourant, il a détruit notre mort ; en ressuscitant, il nous a rendu la vie. » Déjà, dans ce récit d’aujourd’hui, Jésus guérit les malades de toutes sortes, déjà, il annonce notre libération du pouvoir de Satan, la guérison complète de l’homme. Il annonce notre Pâques !


Est-ce vrai ? Sommes-nous libérés de Satan, car nous sentons bien, comme je le disais en commençant, nos compromissions sont là et nous attristent tant ! Alors que dire ? Jésus répond de deux manières.
D’abord, le péché contre l’Esprit, ce péché impardonnable. Pourquoi ?
C’est le péché fondamental de Satan, c’est le choix de la mort, c’est le pessimisme absolu sur toutes choses et sur toutes personnes, c’est l’adhésion à ce qui ne peut que tuer, tuer les autres et tuer soi-même. Satan dit ‘‘non’’ à Dieu, un ‘‘non’’ radical, c’est la mort. Jésus a déjà fait face à cette réalité hideuse au désert, lorsque Satan venait le tenter. Qui commet ce péché contre l’Esprit ? Les démons, certainement ! Et nous ? On peut être pris par son vertige, son tourbillon. Mais Jésus ne nous parle pas ainsi pour que nous ayons peur à tout instant de nos péchés, pour que nous ayons peur de n’être jamais pardonnés. Au contraire, Jésus nous parle ainsi pour que nous prenions conscience de ceci : nous appartenons à Dieu. Le Christ, «l’homme fort », a «pillé» Satan, comme il le dit, il nous a arraché à son pouvoir, nous ne sommes plus de sa maison mais, par le baptême, nous sommes de la maison de Dieu ! Voilà la merveille à mes yeux. Toujours et toujours, devant la réalité de nos péchés qui nous accablent, affirmer : ‘‘Dans l’Esprit Saint, j’appartiens à Dieu. Oui, je suis pécheur mais je suis plus que cela, je suis enfant de Dieu, de Dieu qui pardonne, qui pardonne sans cesse’’.


Jésus répond d’une seconde façon à cette question : sommes-nous réellement sauvés ? Il vient de le dire : il est venu pour nous arracher à la mort de Satan. Jésus ajoute : vous êtes enfants de Dieu et si vous êtes enfants de Dieu, montrez-le ! Je suis venu pour vous libérer, à votre tour maintenant de vivre librement, prenez votre vie en charge. Jésus le montre de façon simple. A sa famille qui vient le voir, il répond en regardant ses disciples : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Voilà qui est remis à notre liberté. Le Seigneur nous a sauvés ? Alors, à nous de choisir de vivre selon la volonté de Dieu, selon le désir de Dieu. Tout est dit dans les deux commandements : aimer Dieu, aimer son prochain. Plus nous aimerons Dieu, plus nous aurons la joie d’aimer les autres. Aimer, vouloir aimer selon l’enseignement du Seigneur, c’est faire la volonté de Dieu. Voilà le beau travail que nous avons à faire, un beau travail, difficile
parfois, mais qui nous rend libres. En effet, il a plu au Seigneur non seulement de nous arracher à une vie sans but mais il a plu également au Seigneur de nous demander de collaborer librement avec lui à notre propre salut et à celui des autres, grâce à l’action du Saint-Esprit. Voilà la volonté de Dieu. Voilà ce qui nous affermit sur le chemin, parfois difficile, de nos vies.


Que l’Esprit de vie, de force, de joie soit sur nous tous !

 

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