L’histoire du vitrail de la fenêtre axiale du chœur

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Les sources médiévales sont très succinctes sur la description du vitrail du chœur. Nous ne disposons que de la célèbre gravure de la nef d’Isaac Brun datant de 1630 pour nous en faire une idée.

En faisant un gros plan de cette gravure, on distingue au centre ce qui ressemble à une Vierge à l’enfant, entourée de deux autres personnages d’allure féminine (est-ce sainte Elisabeth et sainte Marie-Madeleine ?).
Ce vitrail est enlevé après 1682 suite au retour du culte catholique à la cathédrale. Dans la suite du concile de Trente et de la mise en place de la contre-réforme, les vitraux médiévaux sont décriés car ils maintiennent les églises dans la pénombre et empêchent les fidèles de voir la liturgie de la messe. Dans ce contexte, le vitrail est remplacé par du simple verre blanc afin que la lumière de l’extérieur puisse éclairer le chœur au maximum. Rappelons qu’à cette époque, en l’absence d’électricité et de lampe de gaz, le seul moyen d’éclairage en dehors de la lumière naturelle reste les cierges.

Il faudra attendre 1837 pour que l’idée de remplacer ce vitrail blanc émerge mais les débats sur les formes que ce vitrail doit prendre sont âpres entre le clergé, les verriers et les architectes de l’époque.
Finalement l’idée de mettre en place une représentation de la Vierge Marie, patronne de la cathédrale et de la ville de Strasbourg, est retenue en 1854. Le clergé et les spécialistes de l’époque s’accordent pour réaliser la représentation de Notre-Dame-de-Strasbourg qui figurait sur la bannière municipale du XIIIe siècle détruite lors de la Révolution française. C’est-à-dire une Vierge assise, l’enfant Jésus sur ses genoux avec les bras entièrement écartés. La réalisation de cette œuvre est confiée au maitre-verrier strasbourgeois Baptiste Petit-Gérard et au peintre cartonnier parisien d’origine alsacienne  Louis Steinheil. Ce vitrail est mis en place en 1862. Il sera détruit lors du bombardement aérien du 11 août 1944. Il faut noter que ce vitrail n’avait pas été démonté et emporté comme les vitraux médiévaux lors de l’évacuation de Strasbourg en 1939. Les archives ne donnent pas d’explication sur ce choix : a-t-il été jugé de moindre valeur car il datait du XIX e siècle et non du Moyen-Age ?

Remplacé par une simple tenture de protection, l’évêque de Strasbourg Mgr Weber lance en 1953 le projet de remettre un vitrail dans la fenêtre axiale du chœur et obtient le soutien de la commission des monuments historiques. Dans le contexte de la construction européenne qui se met en place, le Conseil de l’Europe se propose de financer et de réaliser ce projet. Cette institution se charge alors de lancer une vaste souscription qui obtient la participation financière de 12 pays et le patronage de plusieurs personnalités dont le chancelier allemand Konrad Adenauer, le Président du Conseil Guy Mollet, Jean Monnet et Robert Schumann. Le projet prend définitivement forme en 1955 et retient l’idée de Mgr Weber qui a insisté pour que ce vitrail représente Notre-Dame-de-Strasbourg. Le projet est confié à la réalisation du Maître-verrier parisien Max Ingrand. Le vitrail est inauguré le 21 octobre 1956 où Mgr Weber déclara : « Puissent les vœux du prophète Isaïe s’accomplir ! Puissent les efforts conjugués de nous tous, puissent les travaux de toutes les institutions européennes, avec la grâce de Dieu, réaliser cette vision dans la mesure où peut régner sur notre terre et entre tous ses habitants une paix sans nuage, cette paix qui a été jadis promise aux hommes de bonne volonté ! ».

Ce vitrai  reste encore aujourd’hui considéré comme un symbole de la réconciliation et de paix sur le continent européen.

 

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