L'horloge astronomique

L’horloge astronomique jouit d’une réputation universelle et elle est un des centres d’attraction de la Cathédrale. Tous les ans, plus de 3 millions de visiteurs viennent la contempler !
L'Horloge, chef d'œuvre de la Renaissance, est le produit d'une collaboration entre artistes, mathématiciens et techniciens. Horlogers, sculpteurs, peintres et créateurs d'automates travaillèrent de concert. Le mécanisme actuel date de 1842.
L'Horloge attire surtout par le jeu de ses automates. Le jeu complet des automates est tous les jours, à midi trente.

Description

La partie basse de l’horloge donne principalement des indications astronomiques.
Elle indique l’heure  publique ou heure légale (aiguilles argentées) et heure solaire locale de Strasbourg (aiguilles dorées) qui retarde d’une demi-heure sur l’heure légale (1). Toutes les indications astronomiques et les sonneries de l’horloge sont réglées sur l’heure locale. La partie centrale est le calendrier circulaire qui est perpétuel, intégrant automatiquement le jour bissextile et toutes les fêtes mobiles, y compris le calcul complexe de la date de Pâques (2) qui est effectué dans la nuit de la Saint-Sylvestre par le comput ecclésiastique situé à gauche (3). Cette partie centrale montre aussi les positions du Soleil et de la Lune dans le ciel à Strasbourg et  reproduit toutes les éclipses de Soleil et de Lune (4).A droite lui sont associées les équations solaires et lunaires (5). Au dessus défilent les chars des jours de la semaine. Sur le devant se trouve une sphère céleste donnant la position des étoiles vues de Strasbourg et dont un des rouages tourne en 25806 ans (6). Plus haut sont montrées les positions des planètes autour du Soleil (7) et les phases de la Lune. La précision de ces indications est de quelques secondes de temps. L’ensemble de ces indications est exceptionnel.
La partie supérieure est consacrée aux automates qui se mettent en mouvement à 12h30. Sur un étage les quatre  âges de la vie qui défilent devant la mort, symbolisant l’effet du temps sur l’homme ; sur l’étage supérieur, les douze apôtres qui défilent devant leur Maître, le Christ, qui les bénit, alors même qu’il est Midi (ou Douze heures). Au dessus, le chant du coq rappelle, par trois, fois le reniement de l’apôtre Pierre.

L'histoire de l'Horloge

Une première horloge, appelée « des trois rois » était placée en 1354 en face de l’actuelle. Elle avait une douzaine de mètres de haut et comportait une statue de la Vierge devant laquelle les rois mages venaient s’incliner toutes les heures au son d’un carillon. Un coq battait déjà des ailes et chantait. Il est encore visible au palais Rohan, au Musée des arts décoratifs dans la salle des horloges et son mécanisme est apparent. Elle cessa de fonctionner vers le début du 16ème siècle.

Une deuxième horloge fut mise en chantier en 1547. De fait, elle ne fut réalisée qu’en 1571 à l’emplacement actuel. Il faut citer les mathématiciens Conrad Dasypodius et David Wolkenstein, les horlogers Isaac et Josias Habrecht, le peintre Tobias Stimmer. Le buffet et l’essentiel des décorations sont ceux que nous pouvons encore admirer aujourd’hui. Elle donnait des indications astronomiques et temporelles. Des éléments, en particulier d’admirables personnages animés, sont également visibles au Musée du palais Rohan où ils sont exposés avec le coq de la première horloge. Les rouages en fer forgé finirent par être usés et cette deuxième horloge cessa définitivement de fonctionner en 1788.

La troisième – l’actuelle ! – horloge est logée dans le buffet de style Renaissance du 16ème siècle. Mais son mécanisme a été entièrement créé par un génial ingénieur strasbourgeois : Jean-Baptiste Schwilgué. Autodidacte, il acquit toutes les connaissances indispensables et le savoir-faire pour les mettre en pratique : calculs, astronomie mais aussi réalisation de machines pour confectionner les rouages d’horlogerie. Le travail dura de 1838 à 1842.

La Légende

Il n’est pas étonnant qu’une cathédrale comme celle de Strasbourg attire au fil des siècles des récits légendaires : le lac souterrain dans les fondations où flottent des barques, le puits où les enfants attendent de naître … et les yeux crevés de l’horloger pour l’empêcher de créer une merveille semblable à celle de Strasbourg et sa vengeance qui le poussera, sous prétexte d’un ultime ajustement, à détruire la plus grande partie de son œuvre. Rassurons les enfants : Dasypodius n’a jamais souffert de violence et son horloge s’arrêta par l’usure du temps. Souhaitons que l’horloge actuelle ne souffre jamais de la violence ou de la bêtise des hommes, car ses rouages taillés dans une stupéfiante précision ne donnent à l’heure actuelle aucun signe de fatigue.

La présentation de l'Horloge au quotidien

Un film a été réalisé en 3 langues : français, allemand, anglais. Il présente l’horloge et son histoire ; il est projeté sur un écran à côté de l’horloge elle-même tous les jours sauf les dimanches à midi. Ainsi les visiteurs sont préparés par des gros plans à mieux voir et comprendre ce qu’ils verront se dérouler à 12h30 sur le monument. Il est, bien sûr, inutile de préciser qu’il est fortement recommandé d’être présent avant 12h pour ne pas manquer le début de la projection. Cette projection est présentée tous les jours sauf les dimanches et les jours de fêtes célébrés dans la cathédrale où l’accès à l’horloge est libre et gratuit après la messe de 11heures.

 

Bibliographie


Notes


 (1) La référence de l'heure, le Temps Universel (TU), est donnée par l'heure locale du méridien de Greenwich. La plupart des pays d'Europe, situés à l'Est de Greenwich voient le Soleil se lever plus tôt, et sont regroupés dans un fuseau horaire dont par convention l'heure légale est avancée d'une heure (TU + 1 heure). Cette heure légale de tout le fuseau correspond environ à l'heure locale de Prague. Strasbourg étant géographiquement à mi-distance entre Prague et Greenwich, son heure locale retarde d'une demi-heure sur celle de Prague, donc d'une demi-heure sur l'heure légale. Ainsi quand il est midi heure locale à Strasbourg et que les automates se mettent en marche, il est déjà midi et demi heure légale. Les sonneries et les automates sont réglés sur l'heure locale avec ce retard d'une demi-heure. En période de l'heure d'été (TU + 2 heures), par commodité les automates sont réglés pour fonctionner à 12h30 heure légale, alors que l'heure locale est de 11h00 pour toutes les autres fonctions de l'horloge.
*   À sa construction en 1842 le cadran de l'horloge astronomique n'indiquait que l'heure solaire locale moyenne à Strasbourg (aiguilles dorées du TEMPS MOYEN).
Liée à la longitude, l'heure solaire des lieux située à l'Est de Strasbourg est en avance sur cette indication, celle des lieux situés à l'Ouest retarde d'une valeur correspondant à une minute de temps pour un décalage Est-Ouest d'environ 18 Kilomètres. Chaque village vivait alors à l'heure de son clocher et des tables indiquaient village par village le décalage à prendre en compte par rapport à l'heure affichée à l'horloge de Strasbourg qui tenait lieu de référence.

*   L'extension des réseaux de chemin de fer en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle conduisit en 1891 à diviser la surface du globe terrestre en 24 fuseaux horaires reliant les deux pôles sur une largeur de 15° de longitude (=360°/24). Unifiée au sein d'un même fuseau, l'heure est alors celle du méridien médian qui partage le fuseau en deux. C'est le méridien de l'observatoire de Greenwich, proche de Londres qui a été choisi comme méridien d'origine et l'heure moyenne à Greenwich (Greenwich Mean Time ou GMT) s'applique dans tout le premier fuseau horaire.

La France dont l'essentiel du territoire se trouve dans ce fuseau adopte donc l'heure GMT, et deux aiguilles argentées sont alors ajoutées au cadran de l'horloge pour afficher cette "HEURE PUBLIQUE".  Le méridien passant à la cathédrale de Strasbourg se trouve à 7°45' 06" à l'Est du méridien de référence de Greenwich. Le "TEMPS MOYEN" local à Strasbourg est donc en avance de :  60 minutes x (7°45' 06"/ 15°),  soit environ 60 minutes x (7,75/15)  =  31 minutes
sur cette "HEURE PUBLIQUE" nouvellement définie.

L'Allemagne, plus à l'Est, se met à l'heure du méridien de Centre Europe proche de Prague,  (on parle de Mittel-Europa Zeit ou MEZ), en avance d'une heure et correspondant à GMT+1.
Il y avait alors une heure d'écart entre nos deux pays.

*   Au cours de la seconde guerre mondiale, cette "heure allemande" a été imposée en France occupée et, à la libération, en dépit de l'intention affichée de revenir à l'heure française d'avant-guerre, le décret n'est jamais sorti et la France est restée depuis à l'heure GMT+1 du fuseau de Centre-Europe. Ceci permet aujourd'hui à l'Europe de vivre à la même heure, à l'exception de la Grande-Bretagne et du Portugal.
Le "TEMPS MOYEN" à Strasbourg qui était en avance de 31 minutes sur l'heure publique GMT est à présent en retard de 60 – 31 = 29 minutes sur l'heure GMT+1 en vigueur aujourd'hui.
C'est l'écart observé entre l'heure affichée par les aiguilles argentées (HEURE PUBLIQUE) et cette indiquée par les aiguilles dorées (TEMPS MOYEN). L'horloge sonne donc midi à 12h29 et cette sonnerie est suivie du défilé des automates.

*   Une complication supplémentaire est apparue avec l'adoption saisonnière d'une "heure d'été" en avance d'une heure supplémentaire sur l'heure publique de base, ou "heure d'hiver".
En été l' HEURE PUBLIQUE (aiguilles argentées) est donc en avance d'une heure et 29 minutes sur le TEMPS MOYEN et l'horloge devrait sonner à 13h29. Cette heure trop tardive ne permettrait qu'à peu de personnes d'assister à cette animation appréciée, aussi les aiguilles dorées du TEMPS MOYEN, et avec elles la sonnerie, sont-elles également avancées d'une heure sur le cadran, ramenant l'écart à 29 minutes …

NB: l'heure solaire indiquée derrière le globe par la course du soleil dans le ciel reste, elle,  conforme à la réalité.

(2) La date de Pâques, pour les églises catholiques et protestantes, est fixée au premier dimanche qui suit la pleine Lune qui suit l’équinoxe de printemps.
(3) Le comput ecclésiastique est un ensemble d’opérations permettant de calculer chaque année les dates des fêtes religieuses mobiles et particulièrement la date de Pâques. Ses éléments sont : le cycle solaire, le nombre d’or, l’indiction romaine, la lettre dominicale et l’épacte.
(4) La Lune est représentée à l'extrémité d'une aiguille par une petite boule moitié noire et moitié blanche qui tourne sur elle même, présentant toujours sa face blanche au Soleil. La longueur de son aiguille est variable, de sorte que lorsqu'il n'y a pas d'éclipse (cas le plus fréquent) la Lune passe au-dessus ou en-dessous du Soleil. Lors d'une éclipse de Soleil, les deux aiguilles ayant la même longueur, la Lune vient se placer devant le Soleil. Lors d'une éclipse de Lune, celle ci vient se placer derrière un disque noir porté par une tige à l'opposé de l'aiguille portant le Soleil. Ce disque représente l'ombre de la Terre à la distance de la Lune.
(5) Ces mécanismes additionnent algébriquement et en temps réel les courbes sinusoïdales des variations cycliques de la marche apparente du Soleil et de la Lune. Les résultats agissent en permanence pour accélérer ou ralentir la vitesse variable des aiguilles du Soleil et de la Lune sur le cadran du temps apparent.
(6) L’horloge reproduit le mouvement de précession des équinoxes qui fait pivoter l’axe de notre planète Terre en 25800 ans environ.
(7) Le planétaire représente la position des cinq premières planètes autour du Soleil suivant le modèle copernicien.