Dimanche 31 décembre 2017

Fête de la Sainte famille – année B

Père Paul-Dominique MARCOVITS

Il faut imaginer le Temple de Jérusalem, non point comme un lieu silencieux et recueilli. Non, le Temple grouille de monde, chacun est là pour louer Dieu et lui faire quelque requête. A l’entrée, un homme, simple, bon, « juste », dit l’évangile, un homme animé par Dieu, plein des Écritures, habité par la longue attente de la délivrance d’Israël et du monde. « L’Esprit Saint est sur lui », dit quatre fois
l’évangile. Siméon, tel est son nom.

C’est donc dans ce Temple plein d’animation que la Sainte Famille arrive, simplement comme tant d’autres jeunes couples qui se présentent avec leur enfant. Simplement ! Mais quelle grandeur !

La rencontre dans sa simplicité est extraordinaire. Dans le Temple, une théophanie, une manifestation de Dieu, se fait de façon unique. C’est la Très Sainte Trinité qui pour la première fois se manifeste aussi clairement à notre humanité. Le Père, dans son Temple, reçoit son Fils unique : ce Fils qui, dans l’Esprit Saint, a pris notre chair et est devenu l’un de nous. La Trinité, source de notre salut. Voilà
pourquoi l’Esprit Saint pousse Siméon au Temple juste à l’arrivée du Fils de Dieu pour que ses yeux s’ouvrent sur le mystère de notre salut.

Alors, Siméon voit. Et, « portant l’enfant dans ses bras », l’Esprit le fait parler. Il prononce ces paroles que tant de prophètes et de rois en Israël, avant lui, auraient voulu prononcer, tant ils désiraient voir ce que Siméon voit et ne l’ont pas vu. Siméon s’écrie : « Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations et gloire de ton peuple Israël. » Les promesses faites à Abraham et à sa descendance sont accomplies ! Pourtant tout se passe dans la plus grande discrétion, parmi tout ce monde qui circule pour aller prier.

Un autre évènement se produit. L’ange Gabriel avait annoncé à Marie qu’elle serait la mère du Sauveur. L’Esprit Saint met sur les lèvres de Siméon une seconde annonce : « Cet enfant sera un signe de contradiction » et aussi : « Ton âme sera traversée d’un glaive. » Dans l’Esprit Saint, Siméon annonce à Marie, la croix : par sa
mort, cet enfant sauvera le monde ! Et elle aussi sera présente à ce salut offert au monde. Siméon a vu tout le mystère de notre salut dans son déploiement d’amour.

Cette éblouissante et si simple manifestation de la Sainte Trinité éclaire la Sainte Famille que nous célébrons aujourd’hui et, bien sûr, nos propres familles. Dans le Temple, le Père reçoit son Fils dans la lumière du Saint Esprit. L’amour qui circule entre les Personnes de la Sainte Trinité fait vivre Marie et Joseph. Un grand amour les habite : Marie, la mère du Fils de Dieu et Joseph le gardien du mystère s’aiment, ils s’aiment d’un amour qui vient de Dieu, d’un amour
manifesté en Jésus, le Fils de Dieu et leur enfant.

Ce même amour fait vivre aussi tous les époux. L’amour qui circule dans la Sainte Trinité s’incarne dans l’amour entre l’homme et la femme. L’amour qui est en Dieu, qui est Dieu, épanouit l’amour humain et c’est par cet amour que l’homme et la femme sont réellement à image et ressemblance de Dieu. Voilà la grâce éminente du mariage, la source de la famille, la vie que les époux chrétiens cherchent à transmettre.

Mais il faut ajouter ceci. L’enfant que Marie et Joseph présentent au Temple, cet enfant a une mission. Siméon le leur dit à la suite de l’ange Gabriel. Siméon les éclaire davantage encore : leur enfant sauvera le monde… par la croix. Voilà qui éclaire encore nos familles.

Tout enfant est pour nous une espérance pour l’avenir, c’est notre
descendance. Nous sommes tous porteurs d’une attente, d’une mission à accomplir pour le bien des autres. Nos enfants, à notre suite, doivent accomplir leur vie… leur mission. Laquelle ? Chacun à notre tour, chacun à notre place, notre mission est de donner la paix, la joie, l’amour, de construire aussi la cité ! Notre mission est de donner le bonheur aux autres. Aux autres ! Ne limitons pas la portée de notre vie : à la suite du Christ, nous donnons notre vie pour le monde entier. Notre mission est donc bien de donner la vie qui nous habite, la vie qui vient de Dieu, notre Sauveur. Or, nous le savons, pas de don véritable sans le don total de soi, sans la croix, source
de la résurrection.

Il est heureux de terminer l’année 2017 dans la lumière de cette fête de la Sainte Famille, fête de nos propres familles et aussi, en un sens, la fête de notre grande famille humaine. Dans quelques heures nous nous souhaiterons une bonne, joyeuse et sainte année 2018. Permettez-moi de devancer l’heure et de vous souhaiter beaucoup de bonheur… Le bonheur : la joie de vivre avec Dieu. Sa présence ne déçoit jamais.


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