Dimanche 28 janvier 2018

4e dimanche du temps ordinaire B

Père Paul-Dominique MARCOVITS

« On était frappé par son enseignement »


« On était frappé par son enseignement. » Lorsque Jésus parle, se dégage de lui une autorité à nulle autre pareille. Sa seule présence impose le respect, l’attachement aussi. Rien d’autoritaire, rien non plus de séducteur, rien de démagogique. Les petits, les pauvres, les malades et surtout les pécheurs en quête de guérison n’auront jamais peur de lui. Il est là. Tous se tournent vers lui. Il est habité, il est le Fils de Dieu. Il partage avec son Père l’amour pour tous les hommes. « On était frappé par son enseignement. » Et beaucoup s’interrogent : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »


Pourtant cette interrogation pleine d’admiration, ouverte au mystère de Jésus, n’est pas partagée par tous. Vont apparaître bientôt les suspicions, les désaveux, les hostilités et nous savons jusqu’où cela a conduit Jésus : à la croix. Pour aujourd’hui, ce n’est pas l’heure du grand affrontement. Dans la synagogue, un homme est tourmenté par un esprit impur. Cet esprit impur est pris de panique à la vue de Jésus. Pourquoi ? Parce que, à la différence des fidèles qui s’interrogent et souhaiteraient découvrir qui est Jésus, lui, l’esprit impur sait qui est Jésus : « Le Saint de Dieu ». C’est pour cela qu’il s’écrie avec toute la haine et la terreur que l’on peut imaginer : « Es-tu venu pour nous perdre ? » Il pressent la fin de son règne et celui des ses complices. L’heure n’est pas au grand affrontement mais cette heure est déjà annoncée.


Admiration, attirance, ouverture du cœur vers le Seigneur, ce chemin qui peut devenir de plus en plus lumineux, ce chemin peut être troublé en nous par l’incursion du mal, d’un esprit impur, du tentateur… Le Mal veut détruire. Grand combat en nous. Combat qui s’intensifie au fur et à mesure que nous voulons nous approcher davantage du Seigneur.


La question est alors celle-ci. Pourquoi ce trouble en nous alors que nous étions ouverts à Dieu, simplement, humblement ? Pourquoi se réveiller après un temps de lien fort avec Dieu, dans un désert où rôdent tant de choses opposées à Dieu ? La réponse me paraît être celle-ci. Au début, viennent les belles questions, les admirations et l’on se sent porté par Dieu. Puis, vient un temps où il n’est plus bon d’être porté, il faut grandir dans la foi, il faut prendre sa vie en main et, de toute sa volonté, choisir de suivre le chemin tracé par Dieu. Ce choix peut être contrecarré par le tentateur, il y a combat, mais notre volonté d’être avec le Seigneur s’affirme. C’est pour cela que Jésus dit si souvent à celui qu’il guérit : « Ta foi t’a sauvé ! Ta foi ! » Dieu nous sauve mais il a l’infini délicatesse de nous dire que notre combat, notre fidélité, notre courage dans l’épreuve ont remporté la victoire. Dieu ne nous sauve pas sans nous. Pourquoi le trouble en nous, demandions-nous ? Parce que le mal vient pour nous faire tomber. Dieu alors nous donne l’occasion de remporter la victoire et notre participation à sa grâce est notre dignité.


Il faut encore ajouter ceci. La confrontation avec ces courants du mal qui traversent notre vie, cette confrontation n’est jamais un combat solitaire. Nous sommes toujours au sein de l’Église, au milieu de frères et de sœurs. La grande amitié, l’amour dans le mariage, la vraie fraternité sont des lieux où l’on peut trouver conseil, encouragement, éclaircissements pour continuer dans cette vie qui peut connaître des moments bien délicats. Qui ne se souvient de cette simple parole que nous avons entendue à un moment difficile et la lumière s’est faite ? Comment oublier l’élan reçu d’un ami pour continuer à vivre ? Dans le mariage, l’un est donné à l’autre pour s’entre-aider et avancer dans la paix.


Ajoutons. Le Seigneur, le premier, a connu cet affrontement avec le mal de plus en plus fort, et c’était pour nous sauver. Il en est ainsi pour nous-mêmes. Nos épreuves, nos combats pour rester fidèle, nous les vivons pour nous-mêmes mais ils peuvent aussi être source de vie pour bien d’autres frères ou sœurs qui luttent pour être fidèles.


Nous ne sommes jamais seuls sur le chemin de la vie chrétienne et c’est un immense encouragement de croire que notre vie puisse être source de libération pour d’autres.


L’esprit impur demandait à Jésus : « Es-tu venu pour nous perdre ? » En effet, Jésus est venu pour détruire le Mal et sauver les hommes. Et nous-mêmes pouvons constater que nous sommes aussi sur cette terre pour la libération de beaucoup.

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