Le saviez-vous

Il aura fallu plus de 1000 ans pour construire la cathédrale telle qu’elle apparaît aujourd’hui devant nous – devenue le symbole de l’identité strasbourgeoise et alsacienne ! Son architecture exceptionnelle engendre la louange. L’invraisemblable prouesse technique est devenue réalité. Ainsi naquirent histoires farfelues, contes, romans et légendes, qui parlent de la vie, des rêves, du quotidien et donnent à voir la cathédrale sous un jour singulier, forçant ou déformant les traits de la religion, portant sur elle un regard profane plein de vie. Faits historiques et anecdotes ont aussi contribué à donner vie à une cathédrale aimée. Le site de la paroisse de la Cathédrale Notre Dame de Strasbourg veut faire une place à une cathédrale populaire, à une cathédrale vivante dans l’histoire et les fantasmes des femmes et des hommes de leur temps, de notre temps. Cette rubrique «Le saviez-vous ? » rend hommage aux bâtisseurs et aux admirateurs de la cathédrale, bref, à tous ceux qui placent haut dans l’estime, « leur » cathédrale. (Merci aux guides-conférenciers de Strasbourg, collaborateurs de cette rubrique).

Le Mont des Oliviers

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Nicolas Roeder, notable strasbourgeois, commande le Mont des Oliviers en 1498 pour le cimetière de l’église Saint-Thomas. À la fermeture de celui-ci en 1530, le monument est démonté, transporté d’abord dans la chapelle Sainte-Catherine de la cathédrale, puis déplacé en 1682 dans la crypte et au début du XIXe siècle dans le transept nord. Au XVe siècle, ces Monts des Oliviers étaient assez fréquents : Offenburg, Obernai, Kaysersberg, etc… Celui de la Cathédrale semble inspiré des gravures de Schoengauer et de Dürer, de la même époque. Certains auteurs l’attribuent à Veit Wagner.
Le Mont des Oliviers se caractérise par ses quatre plans  :  au 1er plan, les apôtres endormis ; au 2e plan , Jésus dans sa solitude en dialogue avec l’ange ; au 3e plan, la pallissade et les soldats en costumes et armures du Moyen-Âge. Fermant le décor en hauteur, la ville de Jérusalem. Le Christ et les trois apôtres traités en ronde bosse ne présentent pas de caractère fort, leurs traits sont lisses, tandis que les soldats présentent des visages très typés, comme des caricatures exécutées d’après des personnages réels. Le décor arrière offre une belle mise en perspective vers la ville aux bâtiments d’époque médiévale. Le remplissage du sol en plâtre date du XIXe siècle. La croix qui surplombe la scène ne fait pas partie de l’oeuvre originale :  « croix de mission » de 1825, elle vient de la place du Château.

 

La statue de Jeanne à la Cathédrale

Les visiteurs très attentifs peuvent apercevoir, à travers les grilles d’une chapelle Sainte-Catherine dont l’entrée est réservée à la prière et au sacrement de réconciliation, une statue de Jeanne d’Arc.
Sculptée sur bois dans un atelier de Ribeauvillé, dotée d’une armure et d’une épée métalliques acquises à Paris, cette statue a été installée en 1937 dans la Cathédrale sur la suggestion de l’Union alsacienne Jeanne d’Arc, alors très active.
1937 : nous sommes moins de vingt ans après le retour de l’Alsace à la France, un retour dont la Pucelle d’Orléans aura été une des figures les plus emblématiques. Pour avoir bouté les Anglais hors du royaume de France, Jeanne d’Arc apparaissait en effet comme un providentiel  symbole de l’expulsion des Germains au-delà du Rhin. C’est en ce sens qu’il faut aussi comprendre l’installation d’une statue d’elle au sommet du Ballon d’Alsace, quelques années avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Il faut le reconnaître : Jeanne d’Arc aura été quelque peu instrumentalisée dans la France de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. En plus de sa dimension patriotique, elle permettait de réconcilier autour d’elle le camp laïc et l’Église, qui l’a canonisée en 1920, à la grande satisfaction de la République.
D’autres récupérations idéologiques guettent malheureusement aujourd’hui cette femme qui puisait son courage dans une foi intense, dont les réponses à son procès inique constituent la lumineuse illustration.

Les vitraux voyageurs

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Août 1939 : la guerre est aux portes de Strasbourg. Les autorités en charge de la sauvegarde des œuvres d’art et des biens culturels se mettent à  démonter tous les vitraux de la Cathédrale. Pièce par pièce… ils seront mis dans des caisses en bois.
Comme 2788 Strasbourgeois, évacués vers le Sud-Ouest, ils voyageront à travers la France pour séjourner à Hautefort en Dordogne. Cachés aux sous-sols d’un château, ils seront en compagnie d’autres trésors alsaciens, tels les manuscrits de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat et d’autres statues.
Mais les Allemands demandent leur restitution au gouvernement de Vichy qui obtempère. Les vitraux sont mis à l’abri de l’autre côté du Rhin. Après un passage à Munich pour inventaire technique et photographique, ils seront entreposés (toujours loin de la lumière pour laquelle ils sont pourtant destinés…) dans des mines de sel ! C’est à Bad Friedrichshall près d’Heilbronn qu’ils seront retrouvés par les troupes américaines en 1945 et restitués à Strasbourg grâce à James Rorimer, directeur du Metropolitan Museum of Art de New York (chargé de la récupération des biens culturels). Pendant 9 ans ils seront en restauration par les Frères Ott … et aujourd’hui bien qu’ils se font parfois une beauté, il n’est plus question de  voyage !

La statue de Sainte Catherine

La tradition situe la naissance de Sainte-Catherine à Alexandrie vers 290 et sa mort dans la même ville vers 310. La statue de Sainte-Catherine placée devant la chapelle du même nom date de 1340. Elle est représentée foulant aux pieds l'empereur Maxence.
Jeune fille de la noblesse, elle a en effet refusé de l'épouser, ayant conclu secrètement un "mariage mystique" avec le Christ. L'empereur charge alors cinquante philosophes de lui démontrer l'inanité de la foi chrétienne mais, préparée par le jeûne et la prière, elle soutient victorieusement le débat et parvient même à tous les convertir. Furieux de cet échec, Maxence les fait brûler vifs et condamne Catherine à être déchirée par une roue garnie de pointes. Celle-ci se brise miraculeusement (c'est pourquoi une roue, objet de son supplice, est en général représentée à ses côtés). Elle est alors décapitée.
Il est intéressant de noter que la date de la fête de Sainte-Catherine, le 25 novembre, coïncide avec le jour de naissance, d’ ordination et de la mort de l'évêque Berthold de Bucheck qui a fait construire en son honneur la chapelle du même nom, consacrée en 1349.

Un bonnet phrygien sur la flèche de la cathédrale

En 1793 les révolutionnaires ont décrété que la cathédrale ne serait plus un édifice religieux, mais servirait au culte national et porterait le nom de « Temple de la raison ». Outre le projet de détruire de nombreuses statues religieuses, il était également question d’abattre la tour jusqu’à la plate-forme. En effet, on considérait que la plus haute flèche de la chrétienté (avec ses 142mètres de hauteur, c’était effectivement le cas à ce moment là !) était contre les concepts de la Révolution : contre le concept d’égalité, et, en plus, elle montrait la puissance de l’Eglise.

Heureusement que le citoyen Jean-Michel Sultzer a eu une idée lumineuse : il a dit que plutôt que de couper la flèche on ferait mieux de la couvrir d’un bonnet phrygien, symbole de la Révolution. On verrait ainsi de loin où commence le pays de la liberté (Strasbourg est ville frontière). En juin 1794 un énorme bonnet de tôle badigeonné de rouge est hissé sur la flèche. Il y est resté jusqu’en 1802 et l’a sauvée. En 1870, il disparut dans l’incendie de la bibliothèque municipale (ancienne église des dominicains) où il était entreposé. Une maison située face à la façade nord de la cathédrale porte une enseigne faisant référence à cette anecdote, ainsi que le buste de J.M. Sultzer (qui l’a bien mérité !!!)

Sabine

Devant le portail du transept sud, deux statues se font face : celle de Maitre Erwin de Steinbach et celle de sa présumée fille, Sabine.
A la demande de l’évêque Conrad de Lichtenberg, Maître Erwin aurait pris la direction du chantier de la façade de la Cathédrale vers 1285. Maître Erwin acheva l'étage inférieur de la façade et travailla ardemment à la réalisation de l'étage de la rose. Chef d’œuvre de virtuosité et de délicatesse, la rose fût rabaissée par Maître Erwin afin qu'à l'intérieur, elle fût bien visible de la nef et même depuis le choeur. A la mort d'Erwin, la rose n'était probablement pas terminée et c'est son fils, Maître Jean ou Johannes, qui poursuivra les travaux initiés par son illustre père. Sabine....qui étais tu ? As tu réellement existé ? D'après la légende, Maître Erwin aurait été très largement secondé dans son travail par son fils Jean, qui lui succédera après sa mort, et par sa fille Sabine qui, d'après l'imagination populaire, aurait réalisé les merveilleuses statues de l'Eglise et de la Synagogue ainsi que les sculptures dédiées à la Vierge sur les tympans et linteaux des portails du croisillon sud du transept. La légende a toujours associé les génies créateurs d'Erwin de Steinbach et de sa fille Sabine. Cette dernière aurait même hésité à fermer les yeux de son père au moment de sa mort car il les avait fixé sur la rosace dont il voulait emporter l'image dans sa tombe. Au 19ème siècle, les Romantiques ont fait de Sabine une icône, une figure légendaire mais, on doute fort que celle-ci ait réellement existé.

Le rayon vert

Chaque année, au moment de l'équinoxe de printemps (le 20 ou 21 Mars à 11h38) et de l'équinoxe d'automne (le 22 ou 23 Septembre à 12h24) , un rayon lumineux traverse une pièce d'un vitrail du triforium et illumine le Christ crucifié de la chaire en la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Contrairement à une opinion répandue, le rayon vert est d'apparition récente. Observé en 1972, alors que les vitraux venaient d'être restaurés et nettoyés, ce phénomène tardif s'explique aisément.
Le rayon vert est produit par un rayon de soleil qui traverse le pied de Juda, un des ancêtres du Christ, situé dans le triforium sud. Il faut préciser qu'au Moyen Age, seul le triforium nord était occupé par les figures des ancêtres du Christ, le côté sud comportant un décor végétal. Juda est donc une création récente et fait partie d'une série de figures composée entre 1872 et 1878 par l'architecte Gustave Klotz lors des grands travaux de restauration de la Cathédrale et qui devait compléter celle du côté nord.
A cette époque, le pied gauche de Juda, à l'origine du rayon vert, n'avait pas la transparence d'aujourd'hui et, de ce fait, n'illuminait pas la chaire. Le miracle du rayon vert est apparu très vraisemblablement à la suite d'une restauration datant de 1972 au cours de laquelle le pied de Juda aurait été remplacé par un verre brut et, de ce fait, très transparent. Le rayon vert est aussi l'opportunité de s'attarder sur le riche décor architectural et symbolique de la chaire, réalisée en 1485 par Hans Hammer pour le célèbre prédicateur, Geiler de Kaysersberg.
Le Christ en croix est l'élément architectural essentiel de la chaire et c'est tout naturellement vers lui que le rayon vert oriente nos regards. La lumière est faite sur ce phénomène qui n'a donc rien de mystérieux et qu'aucune interprétation fantaisiste ou ésotérique ne saurait justifier.
Un seul mystère entoure le rayon vert.... Phénomène lumineux lié au soleil, le rayon vert sera t-il visible cette année encore ? Le ciel sera t-il voilé par les nuages ?

Les automates du grand Orgue

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Au XVème siècle, le jour de la Pentecôte, les trois automates de bois placés sous le majestueux grand orgue tenaient la vedette.
Lorsque les paroissiens arrivaient en foule pour entendre la messe, ces automates se mettaient à fonctionner grâce à des leviers reliés à des pédales de l'orgue. Celui de gauche embouchait sa trompette, Samson au centre ouvrait et fermait la gueule de son lion qui rugissait, et le personnage de droite agitait son bras qui tenait un bretzel. Ce dernier automate, appelé « Rohraffe » ou "singe hurleur", se mettait ensuite à ricaner, à chanter, à crier et à lancer des quolibets sur la foule en plein milieu du sermon ou de la messe. En fait, il n'y avait pas là de mystère : une trappe permettait à un homme de descendre dans le cul-de-lampe de l'orgue, d'où il pouvait voir la foule, faire bouger les personnages à l'aide de tringles et prêter sa voix au "Rohraffe". Il paraît que cet homme était payé par la ville pour se moquer ainsi des gens et des cérémonies religieuses !!!

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