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« La crèche italienne sort enfin de l’ombre »

par M. Benoît Jordan
texte paru dans "Cathédral'"
mensuel gratuit de la Cathédrale de Strasbourg

Benoît Jordan, quelle est l’origine de la crèche italienne de la Cathédrale ?
Ce type de figurines était fabriqué dans la région de Naples au XVIIIe siècle. L’origine italienne est confortée par des fragments de documents en italien servant de renfort aux vêtements. Les figurines de Strasbourg sont fabriquées avec plusieurs matériaux : le corps est en chanvre, la tête et les membres en bois, en terre cuite, voire en cire.

Qui était le chanoine Muller chez qui étaient exposées les figurines ?
Eugène Muller est né à Ranspach en 1861. Théologien, il devient professeur au séminaire de Strasbourg, puis à la faculté de théologie catholique. Entamant une carrière politique, il est député à Berlin puis à Paris, ensuite sénateur. Dans ses fonctions, il défend les spécificités alsaciennes dans le cadre de la République. Il meurt à Strasbourg en 1948. Egalement érudit, il était un grand collectionneur d’objets religieux, de bronzes et… de porte-montres !

Quand les figurines ont-elles été transférées à la Cathédrale ?
À la mort du chanoine Muller, les objets ayant un caractère religieux ont été transférés à la cathédrale ou au séminaire, selon les volontés du défunt, dans le but de former le noyau d’un musée diocésain d’art sacré. Les paroissiens connaissent également la très belle statue de la Vierge à l’Enfant (datant du XIVe siècle) actuellement placée dans la crypte.

Pendant longtemps les figurines n’étaient pas visibles par le grand public…
Les figurines étaient exposées dans le petit musée mis en place par le chanoine Jean Ringue dans la galerie du cloître. Entreposées dans la salle capitulaire lors de la fermeture de ce musée, les figurines ont été ensuite mises en caisse et déménagées ailleurs. Aujourd’hui nous les faisons quitter les placards où elles dormaient. Il n’y a plus la crèche italienne oubliée, mais la crèche italienne qui sort enfin de l’ombre !

Dans quel état se trouvent les figurines aujourd’hui ?
Certaines figurines ont été nettoyées il y a quelques années. Trois ou quatre ont été rhabillées. Mais la plupart sont en mauvais état. Les tissus notamment présentent un état d’usure inquiétant. Pour le moment, elles sont conservées dans des boîtes en carton. Nous les avons inventoriées et photographiées, ce qui n’avait encore jamais été fait.

Vous avez été sollicité pour un travail d’expert sur ces figurines. Où en êtes-vous des projets de restauration ?
Le conseil de fabrique (qui en a la charge) a accepté que les figurines fassent l’objet d’une expertise par des restaurateurs spécialisés dans les tissus. La fondation du patrimoine, qui intervient déjà à la cathédrale pour les vitraux du bas-côté sud, soutiendra une opération de restauration qui sera lancée durant l’Avent 2011.

Avez-vous les fonds nécessaires pour une restauration d’ensemble ?
Certes non ! Il faudra sans doute étaler la restauration sur plusieurs exercices. On fera appel au mécénat et aux dons des particuliers, des visiteurs de la cathédrale et des amoureux du patrimoine. Pour chaque figurine, il faudra décider jusqu’où on ira dans le geste de restauration : dépoussiérage, nettoyage des tissus, renforcement des parties usées, voire remplacement avec, pour toutes les pièces, un conditionnement approprié qui garantira la pérennité de la collection.

Le samedi 3 décembre prochain, les figurines seront l’objet, au Grand Séminaire, d’une journée d’étude…
La journée d’étude portera sur la figure du chanoine Eugène Muller, « un Alsacien aux multiples facettes ». En fin de séance, on présentera ce qui reste de sa collection. La journée est organisée conjointement par la Société d’histoire de l’Église d’Alsace et l’Association pour la conservation du patrimoine religieux en Alsace.

À terme, où et comment seront exposées les figurines ?
Les figurines une fois restaurées, resteront des objets fragiles. Il faudra les présenter dans des conditions requises par les normes muséographiques de conservation (hygrométrie constante, luminosité réduite, etc.). La galerie du cloître pourrait, après assainissement, constituer un lieu de choix pour montrer non seulement des objets de qualité comme la crèche italienne, mais aussi des objets et ornements dans le but d’expliquer la liturgie.

 

suivez ce lien pour télécharger le document de présentation
de la restauration des figurines napolitaines

voir la Galerie photos de l'ensemble des personnages 

 

 
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