Werner et la cathédrale
par Bernard Xibaut – article publié dans l’Almanach Sainte Odile
avec l’aimable autorisation d’Alsace Média
Werner a été le premier évêque de Strasbourg du second millénaire (1001 à 1028)
Sombres intrigues
Sa nomination est probablement due à l’intervention de l’empereur Otton III, petit-fils de la sainte impératrice Adelaïde. Par ses origines, il se rattache aux premiers Habsbourg, étant le frère de ce Radbot, fondateur du monastère de Muri, en Suisse et tige de tous les Habsbourg. Le nom de Werner est avant tout resté pour avoir été associé à la construction de la cathédrale. Aussi curieux que cela paraisse, nous le devons à de sombres intrigues politiques, Werner a en effet pesé toute son influence pour que soit élu, à la mort de l’empereur Othon III le duc de Bavière, Henri de Saxe. Furieux, Herrnann de Souabe, candidat malheureux, met à sac la ville de Strasbourg qui fait partie de son duché. Le lendemain, jour de Pâques, ses troupes, probablement avinées, mettent le feu à la cathédrale, bâtiment carolingien de la fin du IXème siècle.
Reconstruire
Il faut donc reconstruire. Fort heureusement, l’empereur Henri n’oublie pas son ami évêque et contraint Herrmann à lui céder les revenus considérables de l’abbaye de saint Etienne qui peuvent être alors consacrés à la construction d’un nouvel édifice. Après diverses péripéties, c’est en 1015 que le nouveau bâtiment sort de terre. Il ne reste guère aujourd’hui de cette cathédrale romane que les fondations, mises au jour lors des travaux de consolidation de 1907, et certaines parties du fond de la crypte. Nous pouvons dès lors imaginer ce que fut cette construction : une sorte de basilique constantinienne, comme on peut se la représenter à Rome, en visitant saint Paul hors-les-murs. Elle était apparemment aussi vaste que l’actuelle cathédrale gothique, constituée d’une abside arrondie, d’un vaste transept et d’une triple nef séparée par deux rangées centrales de colonnes. Il n’est possible d’imaginer la façade qu’en comparaison avec d’autres édifices de cette époque : sans doute qu’elle comportait deux clochers, le troisième étant élevé au-dessus de l’abside. Il faut noter la place du siège épiscopal, maintenu depuis cette époque au fond de l’abside et qui correspond bien au schéma des basiliques romaines (*).
Prodigalités
L’empereur Henri n’arrête pas là ses prodigalités : il nomme Werner land-grave de Basse-Alsace, titre que reprendront ses successeurs de 1359 jusqu’à la Révolution, et qui lui donne un pouvoir temporel et le droit de conférer plusieurs fiefs. L’empereur fonde enfin une « prébende » à la cathédrale, c’est-à-dire qu’il affecte un revenu à la subsistance perpétuelle d’un clerc qui le représente au chapitre de la cathédrale en son absence et après sa mort. Cette prébende, dite du « roi du chœur » fut occupée sans interruption jusqu’à la Révolution. Le roi Louis XIV mit d’ailleurs un point d’honneur à la conférer, signifiant par là qu’il reprenait les droits des empereurs. Voilà pourquoi il ne faut pas non plus nous étonner de voir représenté trois fois l’empereur Henri II, d’ailleurs entre temps canonisé, dans les vitraux de la série des empereurs.
Quant à Werner, son activité politique se poursuit avec plus ou moins de bonheur : il participe - c’est la première fois pour un évêque de Strasbourg - à l’élection du successeur d’Henri, Conrad Il, avant que ses intrigues ne décident le nouvel empereur à l’éloigner en l’envoyant en ambassade auprès de l’Empire d’Orient, à Constantinople. C’est là qu’il meurt, loin de l’Alsace, le 28 octobre 1028, laissant place libre pour l’oncle de Conrad Il qui lui succède.
(*) Lors du réaménagement du chœur en 2004, une nouvelle cathèdre en marbre griotte des Pyrénnées a été réalisée en accord avec le nouveau mobilier, autel et ambon. Le siège épiscopal à été déplacé de l’abside à l’avant du chœur côté sud.



