Dimanche 01 décembre 2019

1er dimanche de l’avent

Père Paul-Dominique Marcovits, o.p.

Comment sera la venue du Fils de l’homme à la fin des temps ? Le jugement sera-t-il aussi injuste que le Seigneur semble le montrer : on mangeait, on buvait, on se mariait au temps de Noé… Et le déluge les a dévastés, sauf quelques-uns, on le sait. Quel arbitraire ! Certains sont pris, d’autres laissés… Qu’ont-ils fait de mal ? Rien ! Si on ne mange plus, si on ne boit plus, et surtout s’il n’y a plus de relations entre l’homme et la femme, c’est la fin de l’espèce humaine. Que dit le Seigneur ?


Jésus donne une précision qui éclaire tout. « Ils ne se doutaient de rien ». Ces gens ne faisaient rien de mal. Rien ne différencie celui qui est pris de celui qui est laissé. Alors où est le problème ? Une seule chose manquait : l’attention à Dieu.


Comprenons. Jésus a sa manière de parler, nous le savons. Il met souvent en scène un évènement, ici un évènement tragique, le déluge, pour nous faire comprendre que, si nous n’attendons pas du fond du cœur la venue de Dieu, si nous ne désirons pas recevoir la vie de Dieu avec sa paix, sa joie, nous vivrons l’avenir comme une suite de tragédies semblables au déluge, nous subirons les évènements à venir dans leur incohérence et leur arbitraire. La différence entre les hommes est là, selon Jésus : l’attendons-nous, lui, l’ami des hommes, lui le libérateur, lui le miséricordieux ? La venue du Fils de l’homme n’est pas celle d’un tyran sans foi ni loi, c’est celle d’un Sauveur.


Reprenons cela. Permettez-moi de vous rapporter une conversation. Un dominicain, qui ne manquait pas d’humour et de finesse, reçoit l’annonce du décès d’un ami. « Mon père, il est mort subitement. Subitement… il n’a pas eu le temps de se retourner ! » Réponse du dominicain : « Il n’a pas eu le temps de se retourner ? Pourquoi ? Il était tourné du mauvais côté ? » Au-delà de l’humour, une vérité profonde est dite. L‘attitude profonde que nous aurons au moment de notre mort ne s’improvisera pas au dernier moment. Nous mourrons comme nous avons vécu. Lorsqu’un long chemin de conversion, de charité a été fait, lorsqu’une attention continuelle vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis des autres s’est développée, lorsque le pardon, la réconciliation sont venus régulièrement illuminer nos cœurs, lorsque nous avons combattu ce qui est déréglé en nous… au dernier moment, le cœur sera prêt, autant que cela aura été possible malgré notre faiblesse. Nous serons tournés du bon côté, du côté de la miséricorde de Dieu. Car derrière ces luttes de tous les jours, ce n’est pas seulement la charité que nous voulons voir grandir en nous, c’est surtout la rencontre de Dieu que nous désirons, c’est la découverte sans fin de son amour que nous voulons, malgré notre pauvreté.


C’est ce que le Seigneur veut nous dire : se douter de quelque chose, être en attente, en attente de lui, de lui qui vient nous sauver. Cette attente accompagne toute une vie.

Ne nous arrêtons pas là. Il nous faut ajouter le grand motif de notre espérance, cette espérance qui est au cœur du temps liturgique de l’Avent. Le Seigneur nous parle de sa venue à la fin des temps, à la fin de notre vie. Avec sa grâce, nous pouvons espérer ne pas être surpris, ne pas être pris à l’improviste, le cœur tourné vers le vide, n’attendant rien de spécial… Pourquoi cette certitude ? Parce que le Seigneur est déjà venu en notre monde, il s’est fait homme, il a pris chair de notre chair. C’est Noël, l’incarnation du Fils de Dieu. Sa vie, sa vie qui vient de son Père, sa vie divine, est alors entrée dans notre chair, au cœur de chacun d’entre nous. Dieu vit en nous. Alors, aucune charité de notre part, aucun combat, aucune force du bien ne se vit en dehors de lui. Et aussi, aucun mal en nous, ne sera en dehors de son regard de miséricorde et de son secours. Car tout est habité par le Christ, tout est assumé par lui qui nous fait passer dans la vie de son Père par la force de sa résurrection.


L’Avent est le temps fondamental de l’espérance. Nous pouvons regarder notre vie du bon côté parce que le Seigneur nous entraîne dans sa vie.


On mangeait, on buvait, on se mariait… Tout cela est bon et juste. Mais il y a le fond de nous-mêmes, cela qui peut porter les bonheurs comme les malheurs de nos vies, le bien et le mal en nous, la lumière comme les ténèbres, tout cela que personne ne peut éviter sur cette terre… Mais au fond de nous, au-delà de tout en nous, est la vie de Dieu qui porte notre vie, notre volonté, notre liberté.


Permettez-moi de vous souhaiter un bel Avent. Le Seigneur ne nous trompe pas. Il veut nous conduire à sa joie !