Dimanche 09 février 2020

5ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A

Chanoine François GEISSLER

Frères et sœurs dans le Christ, Chers amis,


Voici à peine quelques jours, nous échangions encore nos vœux pour l’an de grâce 2020. Et parmi ces vœux, figurait immanquablement l’incontournable « et surtout la santé » ! Il est vrai que la santé n’a pas de prix et qu’elle constitue le socle impératif sans lequel les autres vœux semblent destinés à n’être que des vœux pieux…
Et voici qu’en ce 5ème dimanche du temps ordinaire, l’Église nous invite à célébrer un dimanche de la santé ! La date choisie n’est pas fortuite puisqu’elle se situe 48 heures avant la fête de Notre-Dame de Lourdes qui évoque les pèlerinages et les malades, les miracles et les guérisons du corps, de l’esprit et de l’âme. Et, par bonheur la liturgie dominicale n’est pas en reste qui justifie pleinement la thématique choisie cette année « Ta nuit sera lumière ».
Si dimanche dernier, le 2 février nous avons fêté la lumière au 40ème jour de Noël, de lumière il a été question à nouveau dans la prophétie d’Isaïe : « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore » et plus loin « ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi ».
Le psaume, quant à lui évoque la « lumière des cœurs droits » et « l’homme de justice, de tendresse et de pitié » qui « s’est levé dans les ténèbres ».
Le verset de l’Alléluia disait : « Moi, je suis la lumière du monde (…). Celui qui me suit aura la lumière de la vie ».
Enfin, l’Évangile nous invitait à accueillir la parole de Jésus : « Vous êtes la lumière du monde » et encore « que votre lumière brille devant les hommes ».
Seule la première lettre de saint Paul aux chrétiens de Corinthe n’évoque pas explicitement la lumière. Mais elle évoque la puissance de l’Esprit, la puissance de Dieu et notre foi elle-même qui est bien lumière pour nos pas quotidiens.

Si nous pouvons considérer que la santé constitue une aura de lumière, nous savons aussi que la maladie avec toutes ses variantes, la vieillesse avec toutes ses détresses, les séquelles d’accidents, le handicap, la dépression, la maladie mentale, l’acédie elle-même sont marqués par les ténèbres…  Ténèbres de l’incertitude, de la peur, de la souffrance, de la solitude. Ténèbres de la mort elle-même qui rode, plus ou moins proche, et qui peut aller jusqu’à nous désespérer de tout et de tous mais aussi nous attirer dans ses rêts terrifiants.
Et ces jours-ci, l’épidémie de coronavirus n’est pas sans réveiller chez de nombreux contemporains des peurs ancestrales voire irrationnelles.

« Ta nuit sera lumière », voilà une thématique rassurante qui affirme que la nuit n’est peut-être pas le dernier mot et, surtout, n’a pas et n’aura pas le dernier mot. La nuit des hôpitaux côté malades ou côté soignant, sans oublier le côté famille et proches est une réalité douloureuse ; la nuit des attentes de diagnostic concernant une maladie sévère ; la nuit du stress des soignants ou des accompagnants ; la nuit des agonisants et des mourants ; la nuit des victimes des maladies neuro-végétatives et de leurs proches, la nuit des chercheurs… Toutes ces nuits sont réelles, tristement réelles.
Alors, comment pourraient-elles devenir lumière ? Telle est la question qui peut nous toucher aujourd’hui pour ceux qui nous entourent, si nous sommes en bonne santé, pour nous-mêmes si nous sommes atteints par des maladies lourdes de conséquences.

Les textes de l’Écriture nous invitent à être et à agir. À être des femmes et des hommes de lumière d’abord. Nous le savons par expérience personnelle quand nous sommes malades ou après une opération ou quand nous rendons visite à une personne : une présence, un sourire, une main délicatement posée, un silence bienveillant tout cela représente un rayon de lumière qui, peu ou prou, déchire les ténèbres.
Quant à l’action, elle peut être multiple selon les situations que nous rencontrons : un coup de fil ou une visite, un relais proposé à des aidants, un compliment à des soignants, une veille auprès d’un mourant, une simple fleur parfois peuvent faire des miracles et transformer les ténèbres en lumière de midi. Mais il est possible aussi de soutenir les aumôniers d’hôpitaux ou d’EHPAD, les bénévoles du SEM, le Service de l’Évangile pour les Malades, de prier avec une personne. Quant à proposer le sacrement des malades, n’hésitons pas. Ce dernier pas le sacrement du coup de pouce pour l‘éternité comme le pensent certains. C’est un sacrement de présence du Christ, de l’Église. C‘est un sacrement de soutien priant. C’est un sacrement du don de l’Esprit par l’onction. C’est un sacrement apaisant et lumineux dans les heures et les jours de lutte. Et c’est un sacrement réitérable !
Et n’oublions pas des circonstances particulièrement délicates aujourd’hui. Les établissements hospitaliers n’étant plus autorisés à demander la religion des patients, il convient de signaler aux aumôniers la présence d’un proche qui souhaite une visite ou la communion. Et comme l’HAD, l’Hospitalisation À Domicile, devient de plus en plus habituelle, n’oubliez pas de signaler la personne malade, soignée à la maison, à la paroisse et donc aux bénévoles du SEM.
Enfin, le maintien à domicile des personnes âgées, qui est non seulement une conséquence de problématiques comptables mais aussi une disposition humainement intéressante, nécessite également un accompagnement chrétien réel et délicat.

« Ta nuit sera lumière » ! Partager un peu de notre temps comme de notre pain, crier vers le Seigneur avec et pour les souffrants, les soignants, les aidants, les aumôniers et visiteurs, être habités de tendresse et de pitié, considérer, avec saint Paul, que la faiblesse nous fait rejoindre le Christ dans son mystère pascal, vivre et partager notre foi, notre espérance et notre charité, faire tout simplement ce qui est bien, voilà quelques éléments concrets et très accessibles susceptibles de faire de nous des êtres lumineux.  Malgré nos limites, malgré la crainte qui peut nous habiter dans toute approche de la maladie grave, du handicap ou de la vieillesse, nous pourrons alors vraiment devenir des femmes et des hommes dont « la lumière brille devant les hommes ».  
Et, selon la promesse de Jésus, « voyant ce que (nous faisons) de bien, (les hommes) rendront gloire à (notre) Père qui est aux cieux. »
Amen